(Écrire un poème
où le silence des choses
respire)
À LA LIMITE
Aimer la Bretagne pour son silence
silence de la Bretagne est rêche comme ses pierres
savourer les marches à marée basse
sur le sable spongieux encore humide
quand la plage immense est jonchée de galets
d’algues de coquillages craquant sonores sous les pieds nus
se dévoilent soudain des îles muettes invisibles
à marée haute agrégats de rocs de limons et de boues
tu filmes à côté de moi sans faire aucun bruit
seule rumeur : la mer eau sacrée
vagues : cathédrale d’écume baptismale
écoute la mer
jusqu’à ne plus savoir si sa rumeur magnétique
envoûtante hypnotique est son ou silence
faudrait essayer d’écrire comme cette rumeur
de mer pour que l’on ne puisse plus dire si les mots
dilués délayés liquéfiés relèvent du son ou du silence
écrire à cette limite incertaine
instable assourdie
ouatée
où enfin
être
Michèle Finck, IV « Le chant des choses » in L’arrière-silence, Arfuyen 2026, pp.110,111,112.

En couverture: Le jardin d’Iroshige (2025), encre sur papier de Caroline François-Rubino,
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