TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Fabio Pusterla | Caparìca

Publié le :

05 mai 2010

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Longeant la mer, un homme marche sans bouche, cicatrice de sable, sur des kilomètres et des kilomètres.
Aquatinte numérique, G.AdC





CAPARÌCA

à Mattia



Forse la febbre, o un effetto della luce. Caparìca
è qui, comunque, case in fila, sfarinate.
Una mercedes verde alza la polvere, posteggia,
e chi ne scende è un gobbo che s’avvia.
Barache, condomini. Qualche cane. Lungo il mare
va un uomo senza bocca, cicatrice
di sabbia, per chilometri e chilometri.
E non posso risponderti che questo : vertigini,
una calma simulata. O anche : l’assenzio.
Sopra la spiaggia dei poveri
cade una roccia gialla.






CAPARÌCA

a Mattia



Peut-être la fièvre, ou un effet de la lumière. Caparìca
est ceci, tout de même, rangées de maisons, décrépies.
Une Mercedes verte fait voler la poussière, se gare,
un bossu en descend et se met en chemin.
Baraques, copropriétés. Quelques chiens. Longeant la mer,
un homme marche sans bouche, cicatrice
de sable, sur des kilomètres et des kilomètres.
Et je ne peux te répondre que ceci : vertiges,
une tranquillité simulée. Et aussi : l’absinthe.
Une roche pauvre surplombe
la plage des pauvres.



Fabio Pusterla, Les Choses sans histoire, Éditions Empreintes, Poche Poésie, Moudon (Suisse), 2002, pp. 202-203. Traduit de l’italien par Mathilde Vischer.





Les choses sans histoires






UN UOMO QUALUNQUE


« Voici un poète de maintenant, un poète de notre monde, proche et vrai. En même temps, un “ uomo qualunque ”, ou peu s’en faut : qui a femme et enfants, qui enseigne à des enfants (et à qui les enfants enseignent les plus belles leçons) ; qui ne se prend jamais pour un génie, qui ne rêve ni de transe, ni d’extase ; qui a mieux à faire qu’à réinventer la littérature ; qui a “ quelque chose à garder, à protéger ” dans les mots : le sens même de la vie, brillant comme l’eau qui court. […]

Il regarde le monde qui l’entoure, ce pays d’alpes et de piémont où il y a de la roche et des glaciers, des vallées encaissées ; et, aussi bien, des grèves de lac et de terrains vagues envahis peu à peu de détritus, comme promis à la ruine, des eaux où la célèbre anguille de Montale, chez lui, ne se débat plus que “ pour arracher / un instant à l’asphyxie ”.

Il sait, au moins par ouï-dire, ce que c’est que la guerre, les guerres sans cesse recommencées ; il en a vu les traces ; il est familier de cette nuit profonde qui n’effraie pas que son enfant. La menace est partout, sous toutes ses formes. Mais, de tout cela d’obscur, d’étouffant souvent, il ne tire pas d’élégies (ce n’en est plus l’heure) ; moins encore, de discours : il ne se rangera jamais au parti des “ constructeurs de drapeaux ”. Tout, à travers sa voix ferme, sobre, admirablement maîtrisée, est toujours à la fois quotidien, proche, vrai et vaste, réel et néanmoins mystérieux. »


Philippe Jaccottet, préface d’Une voix pour le noir de Fabio Pusterla, Poésies 1985-1999, Éditions d’en bas, Lausanne, 2001, pp. 5-6.




FABIO PUSTERLA



Fabio Pusterla
Source



■ Fabio Pusterla
sur Terres de femmes

Arte della fuga
Au-delà des vagues
Corps d’étoiles
Due rive
Entre-deux
Esquisse en poudre de gypse, 6
La fugitive
Une vieille (+ bio-bibliographie)



■ Voir aussi ▼

→ (sur Fine Stagione)
plusieurs poèmes de Fabio Pusterla (en italien et en français)



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4 réponses à “Fabio Pusterla | Caparìca”

  1. Mathilde

    Une belle filiation, entre poètes.
    « Et que dire de l’herbe
    A sa naissance ? du ruisseau ?
    Des eaux…
     » (…)
    Dans le numéro d’ Europe (novembre-décembre 2008), consacré à Philippe Jaccottet, on retrouve également (pp. 242-248) une belle réflexion de Fabio Pusterla sur la poésie de Giuseppe Ungaretti.
    Merci Angèle.

  2. « Et que dire de l’herbe
    A sa naissance ? du ruisseau ?
    Des eaux… « 


    Ces vers figurent bien dans la préface de Philippe Jaccottet et sur la quatrième de couverture d’Une voix pour le noir de Fabio Pusterla, mais je ne suis pas parvenue à les retrouver dans le corps du recueil. Quel étrange mystère…

    En attendant, félicitons-nous de la remise (jeudi prochain) du Prix Schiller 2010 à Philippe Jaccottet pour l’ensemble de son œuvre (nous avions eu la primeur de cette information lors des ateliers poétiques du Scriptorium à L’Isle-sur-la Sorgue, grâce à la poète et scriptrice Laurence Verrey, membre du jury du Prix Schiller). Nous retrouvons dans l’ouvrage qui sort à l’occasion de ce prix (Le Combat inégal, une édition trilingue de La Dogana) un bel hommage à Philippe Jaccottet de Fabio Pusterla, le traducteur de Philippe Jaccottet en italien. Soulignons que ce prix est un prix annuel et non pas septennal (comme il est parfois écrit).

  3. Mathilde

    J’ai retrouvé la trace de ces mots, attachés, semble-t-il, à la quatrième de couverture du recueil Les Choses sans histoire de Fabio Pusterla .
    Je me réjouis également de l’attribution de ce prix à Ph. Jaccottet, dont je relis Ce peu de bruits .
    Bon Dimanche.

  4. Sylvie Saliceti

    Je voulais arrêter mon petit tour de rattrapage à l’article précédent, juste impossible après cette lecture ; un choc comme il en arrive pas si souvent dans une vie de lecture poétique.
    J’ai ressenti cette sorte d’émotion – évidence violente et douce – lors de premières fois qui s’appelaient Rilke, Bonnefoy ou Louis-René des Forêts… Je cours me procurer les ouvrages de ce poète,
    Merci Angèle, et bien à toi et Y.

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