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Le 17 juin 1960 meurt à Solesmes (dans son domicile de la rue du Rôle) le poète Pierre Reverdy.
L’ombre descend tout à coup dans les rayons des branches. Les toits glissent sans bruit sous la même fraîcheur. Des rires de bonheur coulent de la fenêtre et la clarté revient, du mur jusqu’au front de la tête et des arbres, dans l’angle où se croisent des lignes de couleur.
Dans la lumière tendre où l’avenir se cache, il y a un souvenir qui tourne, s’arrête et me menace. Puis le profil d’en haut s’abat sur l’horizon, écrase mon désir et prend toute la place. Quand même, il faut partir. Pierre Reverdy, La Liberté des mers [Maeght, 1959], Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, page 58.
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Dans le Livre de mon bord (1948), le poète définit la poésie en ces termes : « La poésie est à la vie ce qu’est le feu au bois. Elle en émane et la transforme. Pendant un moment, un court moment, elle pare la vie de toute la magie des combustions et des incandescences. Elle est la forme la plus ardente et la plus imprécise de la vie. Puis la cendre. » Prote et imprimeur de métier, Pierre Reverdy est un « moderne ». Tout comme Max Jacob, Raymond Roussel ou Jean Cocteau. Comme le sont aussi, en peinture, ses amis du Bateau-Lavoir : Picasso, Braque, Juan Gris. Pour Pierre Reverdy, comme pour les artistes qu’il fréquente, il s’agit de créer des objets, indépendants, libérés de tout souci de représentation. Des « concrétions d’images, de rythmes et de mots », dégagées de la gangue des circonstances et du pathos. Il s’agit de faire du poème « un capteur et un transformateur de la réalité ». Pour autant, la poésie n’en demeure pas moins expérience de soi et du monde. Soucieux de s’inscrire dans les combats de son temps, Pierre Reverdy s’engage dans la Première Guerre mondiale. Réformé, il fonde à son retour à Paris, en 1917, la revue littéraire d’avant-garde Nord-Sud (titre inspiré du nom de la ligne de métro qui relie Montmartre à Montparnasse). Revue à laquelle participent Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Paul Dermée, Roch Grey, André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault. C’est dans cette revue (n° d’octobre 1917) que Reverdy publie pour la première fois l’essai intitulé L’Émotion, essai dans lequel Reverdy définit son esthétique de la poésie. Retiré à Solesmes (rue du Rôle, à proximité de l’abbaye) à partir de 1926, le poète poursuit la publication de ses recueils de poèmes. Tendu tout entier dans sa quête de l’épure, Pierre Reverdy se consacre à un art austère, fondé sur « le pacte avec le silence ». En accord et en harmonie avec la vie quasi monacale qu’il s’est finalement choisie. Pierre Reverdy est l’auteur de nombreux recueils qui ont eu une influence importante sur les poètes de sa génération, sur les surréalistes en particulier. Ci-dessous, une sélection bibliographique :
– La Lucarne ovale (1916) – Les Ardoises du toit (1918) – Cœur de chêne (1921) – Cravates de chanvre (1922) – Les Épaves du ciel (1924) – Écumes de la mer (1925) – Flaques de verres (1929) – Sources du vent (1929) – Pierres blanches (1930) – Ferraille (1937) – Plein verre (1940) – Plupart du temps (1945) – Le Chant des morts (1948) – Au soleil du plafond (1955) – La Liberté des mers (1960, daté 1959) – Sable mouvant (1966). Angèle Paoli D.R. Texte angèlepaoli |
| PIERRE REVERDY Pierre Reverdy par Juan Gris, 1918 ■ Pierre Reverdy sur Terres de femmes ▼ → Les Ardoises du toit (deux poèmes extraits du recueil) → Le bonheur des mots → Ciel étoilé (poème extrait des Ardoises du toit) → Heure → Sur la mer le lever du jour (poème extrait de Sources du vent) → 11 septembre 1889 | Naissance de Pierre Reverdy (poème + notice bio-bibliographique) → 15 mars 1918 | Pierre Reverdy, Les Ardoises du toit ■ Voir aussi ▼ → (sur le site du cipM, centre international de poésie Marseille) une fiche bio-bibliographique sur Pierre Reverdy → la page Pierre Reverdy du blog La Lucarne (dont une émission sur Pierre Reverdy diffusée sur France Culture le 15 octobre 2006) |
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