TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Jean Lorrain | « Je veux faire la vendetta »

Publié le :

16 septembre 2005

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Catégorie(s) :

Testa_mora_feminile_reverso_
Ph, G.AdC




VOCERU PER CANINU


Voilà quelque temps que je suis à la recherche de la version corse du Voceru per Caninu, l’un des plus célèbres « voceri » de toute la littérature corse. Jean Lorrain en donne l’intégralité (en français) dans son ouvrage Heures de Corse (édité pour la première fois en 1905, cet ouvrage a juste un siècle), ouvrage que l’éditeur Rumeur des âges (7, rue Duparty, 17000 La Rochelle) a eu la très heureuse idée de rééditer en 1999 (un petit bijou de livre !!!). Pour l’instant, je n’ai trouvé que le couplet final de ce voceru (dans sa version corse).




« Vogliu lacà lu gunneddu
Vogliu armà schjoppu è stilettu
Vogliu polvere è cartucci
Per armà la mio schjuppetta
Vogliu cinghje la terzetta
O Cani, cor di suredda
Vogliu fà la to vindetta. »

Si un(e) compatriote corse pouvait me transmettre l’intégralité de ce voceru (en corse), je lui en serais infiniment reconnaissante.



Ci-après un extrait de la traduction française fournie par Jean Lorrain :

« Ô mon large d’épaules, toi qui avais la taille dégagée, nul ne t’était comparable ; tu ressemblais à un rameau fleuri. Ô Canino, cœur de ta sœur, ils t’ont privé de ta vie
À rien ne te servit l’arquebuse, à rien ne te servit le fusil, à rien ne te servit le poignard, ni le pistolet, ni l’oraison bénite.
Loups contre un agneau, ils se sont tous réunis et, quand ils arrivèrent dans la montagne, ils te coupèrent la gorge.
Au pays de Nazza, je veux planter une épine noire, pour que de notre race nul ne passe désormais […]
Je veux quitter la jupe, je veux m’armer du fusil, prendre le stylet, ceindre la cartouchière, je veux porter le pistolet. Ô Canino, cœur de ta sœur, je veux faire la vendetta. »

Jean Lorrain poursuit avec le commentaire suivant :

« Et les guitares, sous l’effleurement des doigts, grincent et se plaignent ; les voix se lamentent, gutturales et profondes, déjà entendues, on dirait, dans les cafés arabes du Sahel ou dans les cabarets de la Triana. Il y a de la mélopée du muezzin dans la monotonie attristée de cet appel qui se traîne, s’élève tout à coup et retombe ; il y a de la passion espagnole dans cette note sourde et toujours tenue de l’accompagnement de la guitare ; mais il y a aussi quelque chose en plus, comme une sauvagerie ardente et sombre, une sauvagerie aux yeux de braise, à la pâleur de cire, telles ces étranges femmes en deuil journellement rencontrées au creux des sentes ombragées de chênes verts des routes de Bastia et du Salario. »


Jean Lorrain, Heures de Corse [1905], Rumeur des âges, 1999, page 35.





JEAN LORRAIN

Lorrain
Source (avec mes remerciements
à mon amie Gabriella)



Voir aussi :

– (sur Terres de femmes)
Jean Lorrain/ « Le châtaignier, cet ancêtre ! » ;
– (sur Terres de femmes)
5 janvier 1904/Lettre de Jean Lorrain à sa mère ;
– le
site Jean Lorrain, site mis en ligne en 2006, année du centenaire de la mort de Jean Lorrain ;
– (sur
udenap.org) les pages consacrées à Jean Lorrain.



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7 réponses à “Jean Lorrain | « Je veux faire la vendetta »”

  1. Brigitte Ranc-Zech, Nîmes

    Eiu vurrià che lamiò Voce, voceru per Caninu.
    Wolfgang LAADE (la collection se trouve à CORTE, dans la Phonothèque) l’a enregistré avec la voix d’Antoine Filippi, né à Porto Vecchio le 16 septembre 1973 à Ospedale. N° de catalogue : 1973, 17,4
    Textes :
    – chez Marcaggi, 1926 : page 176
    – chez Santoni, 1973 : page 352
    – et Jean de la Rocca : La Corse et son avenir, Paris, 1857 : page 85

    Amitiés
    Brigitte Ranc-Zech

  2. Merci infiniment, Brigitte, de votre réponse très pro. La précision de vos sources m’impressionne. Avez-vous fait un mémoire ou une thèse d’ethnomusicologie sur le lamentu ou le voceru ?
    Il ne me reste plus qu’à me rendre à Corti.
    Amicizia
    Anghjula

  3. Bonjour à tous les Corses d’ici et d’ailleurs…

    La Corse, beau pays que je connais si bien… La première fois que je suis allée en Corse, je me suis trouvée un peu chez moi. Beaucoup de choses en commun avec mon pays : le Portugal.
    Allez la Corse
    Bises amicales
    alcidia

  4. Chère Brigitte,
    J’ai fini par retrouver le Voceru per Caninu, dans un ouvrage épuisé (Cantu nustrale) édité en 1981 par l’Accademia d’i Vagabondi de Bastia. Il se trouve que cet ouvrage (un petit bijou d’une extrême richesse) a été offert en décembre 1982 par Ghjacumu Gregorj à Anghjulu Caniffi, l’ancien gardien de phare de la Giraglia et l’ancien facteur de mon village.

    Ci-dessous le Voceru que j’ai retranscrit. La version choisie est celle de Tommaseo (1841). Il existe une autre version, à peine différente, de Salvatore Viale (1843). Il semble que ce voceru fasse référence à des événements qui se sont déroulés dans le Fiumorbu autour de 1773.

    Voceru per Caninu

    « Eo vurria chì la me voce
    Fussi tamant’è lu tonu
    Chi passassi per la foce
    Di San Petru è Vizzavona
    Per chi soni in ogni locu
    La gran prova di Gallonu.

    Tutti à lu Lucu di Nazza
    Tutti s’eranu aduniti
    Cun quella barbara razza
    Li suldati è li banditi,
    Cù a timpesta d’arimani
    Tutti insieme sò partiti.

    In fondu di lu rionu
    Si sintia rughjà lu ventu
    Chi purtava da Isonu
    A malora è lu spaventu
    Si vidia chì per aria
    C’era accidia è tradimentu.

    Sonu subitu partiti
    Tutti i lupi cù l’agneddi
    È marchjavanu aduniti
    À lu son di i cialambeddi
    Quandu ghjunsenu in la sarra
    Ti taglionu i garganeddi.

    Quand‘eu intesi li brioni
    M’affaccai à lu purteddu
    Dimandai : « chi nova ci hè (ni) ?
    – Anu tombu u to frateddu
    L’anu presu ind’a sarra
    N’anu fattu lu maceddu. »

    Nun ti valse lu curaggiu
    Non ti valse la schjuppetta
    Nun ti valse la pugnale
    Nun ti valse la tarzetta
    Nun ti valse ingermatura
    Nè orazione benedetta.

    A guardà le to ferite
    Mi s’accresce lu dulore
    Perchè più nun mi rispondi ?
    Forse ti manca lu core ?
    O Cani, cor di suredda
    Ai cambiatu di culore !
    À lu paese di Nazza
    Ci vogliu piantà un prunu
    Perchè di la nostra razza,
    Un ci passi più nisunu
    Perchè ùn funu dui nè treni
    Ma cinque omini contr’à unu.

    Lu moi largu di spaddera
    Lu moi minutu di vita !
    Cum’è tene nun ci n’era
    Parie una mazza fiurita,
    Solu u pinseru di tene
    Or sustene la mia vita.

    À lu pede di stu puddone
    Ci vogliu piantà lu moi lettu
    Parchì qui, u moi fratidonne,
    Ti tironu à mezu pettu,
    Vogliu lacà lu gunneddu
    Vogliu armà schjoppu è stilettu.

    Vogliu polvere è cartucci
    Per armà la mio schjuppetta
    Vogliu cinghje la carchera
    Vogliu cinghje la tarzetta
    O Canì, cor di suredda
    Vogliu fà la to vindetta. »

    Ghjermana de Zerbi, Cantu Nustrale, Scola corsa di Bastia, Accademia d’i Vagabondi, Altone 1981, page 328. Prefaziu di Pasquale Marchetti. Dissegni di Ghjuseppe Turchini. Cuprendula di Toni Casalonga.

  5. Yves

    Anna Rocchi chante le Voceru per Caninu dans un CD sorti en 2004 aux éditions Albiana.

  6. elsa

    Bonjour à tous,
    je finis mon DEA sur « la vision d’une île, notion d’intérieur et d’extérieur et mythes caricaturaux », savez-vous si l’oeuvre de Jean Lorrain, Heures de Corse, tend plus vers le carnet de voyage ou le récit fictif ?
    Cordialement
    Elsa

  7. Heures de Corse est une série de chroniques pré-publiée dans Le Journal du 13 janvier au 5 février 1901, sous le titre Poussières d’Ajaccio, et éditée chez E. Sansot en 1905. Cette série de chroniques (dites aussi récits de voyage) tient du journal de voyage.

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