22 août 2023
Chers amis,
Je prends conscience qu’il est temps de vous envoyer un bulletin d’information de Cancerland. La météo a été agitée par ici, c’est le moins qu’on puisse dire, mais faisons court. L’opération de Paul a été reportée une fois encore en raison d’une pneumonite persistante. Il a de nouveau suivi un traitement à base de stéroïdes, qui a été une nouvelle fois diminué progressivement, les fièvres se calmant de nouveau. Le 17, il a vu un pneumologue au MSK, une femme très prévenante, adorable, qui vient des Pays-Bas, afin d’examiner de façon plus approfondie l’état de ses poumons. Le soir même, après s’être penchée sur ses analyses sanguines, elle a appelé et nous a conseillé de nous rendre tout de suite aux urgences du MSK. L’immunothérapie était en train de détraquer son foie. Il y a été admis en tant que patient et s’y est vu prescrire une dose de quatre-vingts milligrammes de prednisone, on lui a fait un scanner, une bronchoscopie, un sonogramme et des analyses de sang quotidiennes. Le bilan hépatique, effrayant, s’est amélioré. Il est sorti hier après-midi, le 21. Jeudi, il aura une perfusion d’infliximab, de la marque Remicade, afin de mettre un terme aux réactions immunitaires sauvages, provoquées par l’autre « mab » – le nivolumab. Inutile de dire qu’il y a un risque. Néanmoins, il y a bon espoir de rendre le malade à nouveau en mesure d’être opéré ou de suivre une radiothérapie, les deux perspectives impliquant aussi des risques, bien évidemment.
Les nouvelles, c’est donc que le calvaire se poursuit, et que Paul s’est montré tout du long d’un grand calme, et même héroïque. Je peux en témoigner intimement. Et maintenant un instant de légèreté et de mystère : lorsque l’urgentiste, une femme brusque, franche et directe, et plus si jeune, le docteur F., a examiné Paul peu de temps après notre arrivée à l’hôpital ; elle nous a dit sur le ton de la plaisanterie s’être attendue, au regard de son bilan sanguin, à trouver un patient en proie à des vertiges et des nausées et à peine conscient, et pas du tout à la personne calme, en mesure de se déplacer et lucide qui se trouvait devant elle. Les réalités médicales ne peuvent pas toujours être expliquées au moyen de chiffres. Paul a eu cependant de la chance que l’hépatite auto-immune soit rapidement maîtrisée. Paul et moi avec lui, nous continuons ce parcours du combattant sans faiblir.
Paul a beaucoup insisté pour que je me rende en Espagne afin d’y recevoir comme prévu un doctorat honoris causa. Il a même mis ses médecins sur le coup. Le docteur L., l’oncologue, a dit au téléphone à Paul de me confirmer que ce voyage « aiderait le patient à se rétablir ». Cela nous a fait tous rire et nous en avions bien besoin. Il a également consulté le pneumologue, qui lui aussi a dit que je devrais faire le voyage. À l’évidence, ils ne considèrent pas que leur patient court un risque immédiat. Sophie et Spencer vont rester avec Paul. Il y aurait encore tant et plus à dire. Gentillesse, affection, bons vœux et pensées n’ont jamais été autant que maintenant les bienvenus.
Siri
Siri Hustvedt, « La maladie de Paul en douze mails envoyés de Cancerland à des amis » in Ghost Stories, Traduit de l’anglais (États- Unis) par Frédéric Joly, Hors Fiction Gallimard, 2026, pp.82-83

« Paul Auster avait prévenu Siri Hustvedt
qu’il voulait revenir en fantôme.
Elle honore son souhait dans ce récit intime. »
KIRKUS
Laisser un commentaire