TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Pablo Neruda | L’insecte

Publié le :

26 décembre 2004

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »




L’INSECTE



De tes hanches à tes pieds
Je veux faire un long voyage.
Moi, plus petit qu’un insecte.
Je vais parmi ces collines,
elles sont couleur d’avoine
avec des traces légères
que je suis seul à connaître,
des centimètres roussis,
de blafardes perspectives

Là se dresse une montagne.
Jamais je n’en sortirai.
Ô quelle mousse géante !
Et un cratère, une rose
de feu mouillé de rosée !

Par tes jambes je descends
en filant une spirale
ou dormant dans le voyage
et j’arrive à tes genoux,
à leur ronde dureté
pareille aux âpres sommets
d’un continent de clarté

Puis je glisse vers tes pieds
Et vers les huit ouvertures
de tes doigts, fuseaux pointus,
tes doigts lents, péninsulaires,
et je tombe de leur haut
dans le vide du drap blanc
où je cherche, insecte aveugle
et affamé ton contour
de brûlante poterie !






EL INSECTO



De tus caderas a tus pies
quiero hacer un largo viaje.

Soy más pequeño que un insecto.

Voy por estas colinas,
son de color de avena,
tienen delgadas huellas
que sólo yo conozco,
centímetros quemados,
pálidas perspectivas.

Aquí hay una montaña.
No saldré nunca de ella.
Oh qué musgo gigante!
Y un cráter, una rosa
de fuego humedecido!

Por tus piernas desciendo
hilando una espiral
o durmiendo en el viaje
y llego a tus rodillas
de redonda dureza
como a las cimas duras
de un claro continente.

Hacia tus pies resbalo,
a las ochos aberturas
de tus dedos agudos,
lentos, peninsulares,
y de ellos al vacío
de la sábana blanca
caigo, buscando ciego
y hambriento tu contorno
de vasija quemante!




Pablo Neruda, « L’insecte », Le désir, Les Vers du capitaine, Gallimard, Collection Poésie, 1998, p. 180.





PABLO NERUDA


Neruda



■ Pablo Neruda
sur Terres de femmes

12 juillet 1904 | Naissance de Pablo Neruda
Le potier
Le vent dans l’île
Me gustas



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site Nobelprize.org) une
notice bio-bibliographique sur Pablo Neruda et le Discours prononcé à Stockholm (en espagnol) à l’occasion de la remise du Prix Nobel (10 décembre 1971)





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3 réponses à “Pablo Neruda | L’insecte”

  1. Cela fait plusieurs fois que je relis ce poème et je pense immanquablement à cette scène très étrange de la visite à l’immense sexe de femme que fait le héros du film Parle avec elle de Pedro Almodovar. Suis-je la seule à faire cette association ?

  2. kyoko

    En effet, Florence. En le relisant après ta reflexion, la même image m’est venue à l’esprit. A suivre…

  3. JC-Milan

    Ah le fantasme féminin chez l’homme latin 😉 Un brin de dérision chez le sicilien Vitaliano Brancati:
    « … ‘La femme, disait celui-ci [le grand avocat], est le sel de la terre. Un écrivain qui se désintéresse de la femme ne sera jamais lu par personne.’ L’imagination du grand avocat, au contraire, était pleine de jouvencelles équivoques, de femmes démoniaques, de lauriers-roses flamboyants, de lèvres pulpeuses. ‘Le plus grand écrivain de la terre, c’est Gabriele d’Annunzio!’ disait-il. Et quand, les soirs d’hiver, couvert d’un châle, un verre de magnésie à la main, il passait du cabinet à la salle à manger et à la cuisine, les mots qu’il transportait dans son crâne, sous le mouchoir noué aux quatre coins, étaient: violettes, soyeux, légèreté, fragrance, somptueux, velours, accord mineur, exquis, acacias, opulent, empire, ambigu, joyaux. C’est pourquoi, s’il retournait s’endormir dans la pénombre, sa silhouette, telle une fenêtre d’albâtre opaque derrière laquelle pointe l’aube, semblait émettre une lueur. C’était ce monde dannunzien, disait le fils, ces adjectifs et ces mots splendides, qui faiblement transparaissaient. ‘Mais tu es fou? disait la mère. Ce sont les boutons de sa chemise!’…  »

    in Le Vieux avec les Bottes, Vitaliano Brancati, 1946, Flammarion, 1995, page 59

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