Le plaisir de voir diminue ce qu’on voit
Une image minime le paysage :
Pas possible d’en rendre tous les détails
Sur quelques centimètres carrés de papier blanc.
Deux trois traits, des aplats de couleurs mis
Comme les a ressentis le peintre (mais savoir
Ce qu’il a ressenti, Raphaël Segura).
Et les mots pour en parler
Ne sont que rythme insaisissable d’un bruit de langue
(Chacun l’entend à sa façon pour à la fin
Ne rien comprendre).
Faut-il désirer comprendre ?
On se dit qu’il faudrait
S’en tenir à des mots de tous les jours
Pour dire un peu :
Le mot bleu par exemple, ou vert
Rouge peut-être, mais quel rouge
Quel bleu ? Le vert de l’herbe :
Jeune luzerne ou foin juste coupé ?
Les mots simples sont compliqués,
Tu les dis, tu sais jamais
Ce que tu dis.
On entend le mot rouge
On ne sait pas ce qu’on voit.
Faudrait s’en tenir à montrer l’image,
Se taire.
On voit le rouge peint dans l’image
On ne sait pas comment le dire.
James Sacré, Si la simplicité nous avait quittés ? (Dix-sept poèmes, à cause de plusieurs linogravures de Raphaël Segura), Potentille 2024, pp.13,14.

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