TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

12 décembre 1821 | Naissance de Gustave Flaubert

Publié le :

12 décembre 2009

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



Il y a cent quatre-vingt-quinze ans, le 12 décembre 1821, naissait à Croisset (aujourd’hui en Seine-Maritime) Gustave Flaubert.






Portrait de Gustave Flaubert
Image, G.AdC






Flaubert est le fils d’Achille-Cléophas Flaubert, chirurgien à l’Hôtel-Dieu de Rouen, et d’Anne Justine Fleuriot, fille d’un médecin de Pont-l’Évêque, en Normandie.







À Mademoiselle Leroyer de Chantepie

[Croisset,] samedi,
12 décembre 1857.



C’est ce soir que je prends 36 ans. Je me rappelle plusieurs de mes anniversaires. Il y a aujourd’hui huit ans, je revenais de Memphis au Caire, après avoir couché aux Pyramides. J’entends encore d’ici hurler les chacals et les coups du vent qui secouait ma tente.

J’ai l’idée que je retournerai plus tard en Orient, que j’y resterai et que j’y mourrai. J’ai d’ailleurs, à Beyrouth, une maison toute prête à me recevoir. Mais je n’en finirais plus si je me mettais à vous parler des pays du soleil. Ce serait trop long. Causons d’autre chose.

Voilà plusieurs fois que vous me parlez de Jean Reynaud ; je trouve, comme vous, son livre un fort beau livre. Seulement, il a fait son théologien bien complaisant. La forme dialoguée est mauvaise. Elle était peut-être même impossible. Je trouve le tout un peu long. Quant à son explication des peines et des récompenses, c’est une explication comme une autre, c’est-à-dire qu’elle n’explique rien. Qu’est-ce qu’un châtiment dont n’a pas conscience l’être châtié ? Si nous ne nous rappelons rien des existences antérieures, à quoi bon nous en punir ? Quelle moralité peut-il sortir d’une peine dont nous ne voyons pas le sens ?

Avez-vous lu les Études d’histoire religieuse de Renan ? Procurez-vous ce livre, il vous intéressera.

Pourquoi ne donnez-vous pas cours, sur le papier, à vos idées ? Écrivez donc ! Quand ce ne serait que pour votre santé physique.

Vous me dites que je fais trop attention à la forme. Hélas ! C’est comme le corps et l’âme ; la forme et l’idée, pour moi, c’est tout un et je ne sais pas ce qu’est l’un sans l’autre. Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore ; soyez-en sûre. La précision de la pensée fait (et est elle-même) celle du mot.

Si je ne peux rien aligner maintenant, si tout ce que j’écris est vide et plat, c’est que je ne palpite pas du sentiment de mes héros, voilà. Les mots sublimes (que l’on rapporte dans les histoires) ont été dits souvent par des simples. Ce qui n’est nullement un argument contre l’Art, au contraire, car ils avaient ce qui fait l’Art même, à savoir la pensée concrétée, un sentiment quelconque, violent, et arrivé à son dernier état d’idéal. « Si vous aviez la foi, vous remueriez des montagnes » est aussi le principe du Beau. Ce qui peut se traduire plus prosaïquement : « Si vous saviez précisément ce que vous voulez dire, vous le diriez bien. » Aussi n’est-il pas très difficile de parler de soi, mais des autres !

Eh bien ! Je crois que jusqu’à présent on a fort peu parlé des autres. Le roman n’a été que l’exposition de la personnalité de l’auteur, et, je dirais plus, toute la littérature en général, sauf deux ou trois hommes peut-être. Il faut pourtant que les sciences morales prennent une autre route et qu’elles procèdent comme les sciences physiques, par l’impartialité. Le poète est tenu maintenant d’avoir de la sympathie pour tout et pour tous, afin de les comprendre et de les décrire. Nous manquons de science, avant tout ; nous pataugeons dans une barbarie de sauvages: la philosophie telle qu’on la fait et la religion telle qu’elle subsiste sont des verres de couleur qui empêchent de voir clair parce que : 1° on a d’avance un parti pris ; 2° parce qu’on s’inquiète du pourquoi avant de connaître le comment ; et 3° parce que l’homme rapporte tout à soi. « Le soleil est fait pour éclairer la terre. » On en est encore là.
Je n’ai que la place de vous serrer les mains bien affectueusement.



Gustave Flaubert, Correspondance, Éditions Gallimard, Collection folio classique, 1998, pp. 357-358-359.






Flaubert correspondance
Ph., G.AdC






■ Gustave Flaubert
sur Terres de femmes

4 janvier 1839 | Flaubert, Les Mémoires d’un fou
10 février 1851 | Lettre de Flaubert à Louis Bouilhet (Lettres de Grèce)
19 septembre 1852 | Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet
16 décembre 1852 | Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet
26-27 mai 1853 | Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet
26 janvier 1861 | Lettre de Gustave Flaubert à Jules Michelet
18 janvier 1862 | Lettre de Gustave Flaubert à Mademoiselle Leroyer de Chantepie
7 avril 1872 | Lettre de Gustave Flaubert à Laure de Maupassant
9 avril 1872 | Lettre de George Sand à Gustave Flaubert
19 juin 1876 | Lettre de Gustave Flaubert à Edma Roger des Genettes
8 mai 1880 | Mort de Gustave Flaubert (+ extrait de Madame Bovary et d’Un cœur simple)




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Une réponse à “12 décembre 1821 | Naissance de Gustave Flaubert”

  1. « Je n’ai que la place de vous serrer les mains bien affectueusement. »
    Générosité de la correspondance.

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