TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Antonella Anedda | Ritagliare

Publié le :

21 octobre 2009

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Il legno - segnato- vulnerabile- ustionato
Ph., G.AdC






RITAGLIARE

25.



Il sole brucia il legno attraverso una lente. Lo scultore trova i suoi materiali sulle spiagge. Spesso in quelle dell’isola di Colonsay nelle Ebridi. Quello che sfugge all’acqua cade in potere della luce. Il legno è segnato, vulnerabile, ustionato. Ora che lo vedo dietro il vetro di un museo, ricordo la carcassa di una sedia vicino a quella di un cane. Ricordo qualcosa che non pensavo di ricordare. Il cuore mi batte piano. Il suo ticchettio non significa nulla. Assisto a ciò che ricordo, seguo le sequenze. Quando tutto è finito mi volto e ricomincio a dimenticare. Se guardi bene forse puoi condividere con me quello che sembra questo nuovo quadro : un viso di donna che dorme.


Antonella Anedda, La vita dei dettagli, Scomporre quadri, immaginare mondi, Donzelli editore, Collana Saggine, settembre 2009, pagina 53.



« Pensare attraverso i miei occhi » : la frase di Dedalus nell’Ulisse di Joyce è la stella polare di questo libro, che traccia une originalissima mappa fatta di dettagli di opere d’arte, di attraversamenti di luoghi, di ritratti e di meditazioni sulla pittura e sugli oggetti, su quell’accumulo di immagini che la memoria costruisce nella vita di ognuno di noi.
Cosa ci affascina dei dettagli ? La loro arbitrarietà ? Cosa ci commuove ? Forse, l’oscurità da cui il nostro sguardo li salva, la luce da cui si dirama una potenzialità di mondi…


Antonella Anedda, id., rabat de la première de couverture.







Le soleil brûle le bois à travers une loupe. Le sculpteur trouve son matériau sur les plages. Souvent sur celles de l’île de Colonsay dans les Hébrides. Ce que l’eau efface tombe dans le pouvoir de la lumière. Le bois est marqué, vulnérable, calciné. À présent que je le vois derrière la vitre d’un musée, me revient en mémoire la carcasse d’une chaise à proximité de celle d’un chien. Je me souviens de quelque chose dont je ne pensais pas me souvenir. Mon cœur bat doucement. Son tic-tac ne signifie rien. J’assiste à ce dont je me souviens, j’en suis les séquences. Quand tout est fini je me retourne et je recommence à oublier. Si tu regardes bien, peut-être peux-tu partager avec moi ce que semble être ce nouveau tableau : un visage de femme qui dort.



« Penser à travers mes yeux » : la phrase de Dedalus dans l’Ulysse de Joyce est l’étoile polaire de ce livre, qui trace une carte très originale faite de détails d’œuvres d’art, de traversées de lieux, de portraits et de méditations sur la peinture et sur les objets, sur cette accumulation d’images que la mémoire construit dans la vie de chacun de nous.
Qu’est-ce qui nous fascine dans les détails ? Leur arbitraire ? Qu’est-ce qui nous émeut ? Sans doute, l’obscurité dont notre regard les sauve, la lumière dont se diffuse une potentialité de mondes…


D.R. Traduction inédite d’Angèle Paoli





Anedda couv







ANTONELLA ANEDDA


Antonella_anedda
Source



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10 février 2013 | Antonella Anedda, Senza nome. Sartiglia (extrait de Salva con nome)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes)
Salva con nome
→ (dans la Galerie « Visages de femmes ») le portrait d’
Antonella Anedda (+ deux poèmes extraits de Nomi distanti et de Notti di pace occidentale)



■ Voir aussi ▼

→ les pages que le site Italian Poetry a consacrées à
Antonella Anedda
→ (sur Poetry International Web) un dossier
Antonella Anedda
→ (sur Niederngasse 16, janvier-mars 2006) un entretien (en italien) avec Antonella Anedda
→ (sur Her circle ezine)
Antonella Anedda: Encounters with Silence, the Page, and the World (7 mars 2008)
→ (sur La dimora del tempo sospeso) de longs extraits (en italien) des différents recueils d’
Antonella Anedda
→ (sur books.google.com) d’autres larges extraits de
Notti di pace occidentale
→ (sur Progetto Babele) une interview (en italien) d’
Antonella Anedda par Pietro Pancamo



■ Voir | écouter ▼

→ (sur le site de la Bibliothèque municipale de Lyon)
conférence autour d’Antonella Anedda, Entre racine et lame, organisée dans le cadre du Printemps des poètes 2010, animée par Angèle Paoli et Marc Porcu
→ (sur Lyrikline)
plusieurs poèmes extraits de Residenze invernali, de Notti di pace occidentale et de Salva con nome, dits par Antonella Anedda



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4 réponses à “Antonella Anedda | Ritagliare”

  1. Christiane

    « J’assiste à ce dont je me souviens ». Quelle extraordinaire perception du cheminement étrange de la mémoire en nos pensées. Notre langage est dépendant d’un effritement du réel et de nos refus de savoir l’avant de nous. Cette pensée forte est ancrée dans une langue superbe que j’ai plaisir à retrouver, ici.

  2. « Ce que l’eau efface tombe dans le pouvoir de la lumière. Le bois est marqué, vulnérable, calciné… à présent que je vois derrière la vitre d’un musée, me revient en mémoire la carcasse… »

    En ce qui me concerne, de « la chaise » d’une vie où la mienne fut portée en assise, je vois par-delà l’écorce d’Alzheimer…
    je sublime la carcasse de l’arbre que je discerne sans pouvoir prendre assise !
    Car je logerai toujours dans l’ombre portée du jour sans pouvoir argumenter l’obscurité !

    Ecrire mon poème personnel ne consistera jamais qu’en cela…

  3. « l’arbitraire des détails » et leur charge émotive, toute la littérature est ici résumée… Antonella Anedda n’a pas fini de se faire traduire… Elle pose les mots où ça rejoint les bords du sommeil volontaire. Peux-tu nous traduire le titre et le commenter ?

  4. « Ritagliare » signifie littéralement « découper ». C’est aussi le titre de la première partie de La vita dei dettagli (La vie des détails), ouvrage qui en comporte cinq. Dans son introduction, Antonella Anedda explique son projet d’écriture. Il s’agit ici, non pas de commenter un tableau, une peinture. Mais de dégager de certaines toiles un détail et d’en faire en quelque sorte le sujet d’une nouvelle œuvre. Ainsi le détail, retaillé par le regard, séparé de sa gangue d’origine, se charge-t-il de sa vie propre. S’intéresser aux détails d’une œuvre, c’est les laisser vivre à leur rythme, indépendamment de la peinture à laquelle ils appartiennent; c’est les confronter à la liberté. Une liberté qui passe par la transgression de celui qui s’attarde, interroge la part secrète, imperceptible d’une œuvre d’art.

    Chère Mth, je n’ai pas encore eu le temps d’explorer ce petit livre très précieux, dont j’aimerais prochainement partager avec mes lecteurs(rices) toute la densité et la profondeur. Mais j’en goûte déjà, fragment après fragment, la saveur mystérieuse.

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