TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

26 septembre 1945 | Albert Camus | Création de Caligula

Publié le :

26 septembre 2006

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



Le 26 septembre 1945 est créé au théâtre Hébertot, à Paris, Caligula, d’Albert Camus. Dans une mise en scène de Paul Œttly. Les décors sont de Louis Miquel et les costumes de Marie Viton.





Caligula_1_1
Source





Écrite en 1938 après la lecture de l’Histoire des douze Césars de Suétone, la pièce d’Albert Camus est publiée chez Gallimard en 1944. Composée en quatre actes et en prose, cette « tragédie de l’intelligence » ancre son argument dans les préoccupations existentielles de l’auteur. Dans le rôle de Caligula, Gérard Philipe, que cette première représentation a révélé au public.





EXTRAIT


Caligula, (éclatant, se jette sur lui et le prend au collet ; il le secoue).

« La solitude! Tu la connais, toi, la solitude? Celle des poètes et des impuissants. La solitude? Mais laquelle? Ah! tu ne sais pas que seul, on ne l’est jamais! Et que partout le même poids d’avenir et de passé nous accompagne! Les êtres qu’on a tués sont avec nous. Et pour ceux-là, ce serait encore facile. Mais ceux qu’on a aimés, ceux qu’on n’a pas aimés et qui vous ont aimé, les regrets, le désir, l’amertume et la douceur, les putains et la clique des dieux. (Il le lâche et recule vers sa place.) Seul! Ah, si du moins, au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qui est la mienne, je pouvais goûter la vraie, le silence et le tremblement d’un arbre! (Assis, avec une soudaine lassitude.) La solitude! Mais non, Scipion. Elle est peuplée de grincements de dents et tout entière retentissante de bruits et de clameurs perdues. Et près des femmes que je caresse, quand la nuit se referme sur nous et que je crois, éloigné de ma chair enfin contentée, saisir un peu de moi entre la vie et la mort, ma solitude s’emplit de l’aigre odeur du plaisir aux aisselles de la femme qui sombre encore à mes côtés. »


Il a l’air exténué. Long
silence. Le jeune Scipion passe derrière
Caligula et s’approche, hésitant.
Il tend une main vers Caligula
et la pose sur son épaule.
Caligula, sans se retourner,
la couvre d’une des siennes.



Albert Camus, Caligula, Acte II, scène XIV, in Théâtre, Récits, Nouvelles, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1962, pp. 59-60.









ALBERT CAMUS


■ Albert Camus
sur Terres de femmes

30 janvier 1959 | Création des Possédés d’Albert Camus
4 janvier 1960 | Mort d’Albert Camus


■ Voir/écouter aussi ▼

→ (sur ina.fr)
dans le cadre des productions du Club d’Essai, série Les auteurs interprètes de leur œuvre , Albert Camus lit Caligula en public au théâtre des Noctambules
→ (sur le site de la revue Sens Public)
Le jeune homme et la mort : nihilisme, logique de l’absurde et sens de l’amour dans le Caligula d’Albert Camus, par Johann Chapoutot
le Web Camus



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5 réponses à “26 septembre 1945 | Albert Camus | Création de Caligula”

  1. Ouchy

    C’est dingue: aujourd’hui, j’ai acheté un livre de Camus pour un ami, j’ai passé beaucoup de temps à rechercher des informations sur Camus (surtout sur le film de Visconti L’Etranger que j’adore mais qu’on ne trouve plus) et qu’est-ce que je vois maintenant sur le blog : Encore Camus!
    J’en suis ravie!
    Bon courage, Angèle, pour ton emménagement, et s’il fait beau, profite aussi un peu!

  2. Guidu

    Pour Uschi

    J’ai moi aussi en son temps vu L’Etranger de Visconti que j’avais beaucoup aimé …
    Sur le web je viens de trouver une explication à cette disparition !
    La voici : ICI

    Amicizia
    Guidu _______

  3. Existe-t-il encore un Camus de nos jours ? Cette figure d’un « juste » qui comptait dans les Lettres autant pour la maîtrise singulière de son art que pour sa nature profondément humaine (ainsi son attitude envers Céline).
    Nous savons qu’il ne fut pas parfait comme nous l’a dit Olivier Todd ! Pourtant, il occupait une place à part.
    Où est-il celui qui saurait aujourd’hui avec la même aisance évoluer dans notre monde littéraire « moderne » ? Pétri d’orgueils, qu’on se dissimule, ou qu’on s’affiche, deux versants d’un même ego.

  4. Ouchy

    Merci, Guidu, pour ces informations!
    Moi, j’ai aussi trouvé un forum (allemand) sur le web hier où ils disent que le film serait peut-être passé sur ARTE ; je leur ai demandé des renseignements et je vous tiendrai au courant.
    Amitiés

  5. Pivoine

    Merci, il existe une sublime image de Gérard Philipe dans la pièce de theâtre Caligula, sur la couverture du livre. Jamais je n’ai vu de plus bel homme

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