TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

30 janvier 1959 | Création des « Possédés »d’Albert Camus

Publié le :

30 janvier 2005

/

Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



Le 30 janvier 1959, création au Théâtre Antoine de la pièce Les Possédés, d’après le roman de Fédor Dostoïevski (roman réintitulé par la suite Les Démons), dans une adaptation théâtrale et une mise en scène d’Albert Camus. Décors et costumes de Mayo. La pièce a tenu l’affiche du Théâtre Antoine jusqu’en juillet 1959, puis a bénéficié d’une tournée en banlieue (notamment à Suresnes au mois de septembre) et en province.






Les Possédés
Source






Avec la distribution suivante :

Pierre Vaneck dans le rôle de Nicolas Stavroguine
Pierre Blanchar dans le rôle de Stépan Trophimovitch Verkhovensky
Roger Blin dans le rôle de l’évêque Tikhone
Michel Bouquet dans le rôle de Pierre Stepanovitch Verkhovensky
Charles Denner dans le rôle du capitaine Lebiadkine.



Et dans les rôles féminins :

Tania Balachova dans le rôle de Varvara Petrovna Stavroguine
Charlotte Clasis dans le rôle de Prascovie Drozdov
Nadine Basile dans le rôle de Dacha Chatov
Janine Patrick dans le rôle de Lisa Drozdov
Catherine Sellers dans le rôle de Maria Timopheievna Lebiadkine
Nicole Kessel dans le rôle de Marie Chatov.



« J’ai rencontré cette œuvre à vingt ans et l’ébranlement que j’en ai reçu dure encore, après vingt autres années. » (Albert Camus)






Albert Camus au théâtre Antoine
Albert Camus au théâtre Antoine
au cours d’une répétition des Possédés (20 avril 1959)
Crédits Ph. : Fallot, Daniel/INA
Source





DEUXIÈME TABLEAU


(extrait)


Le salon de Varvara Stavroguine.


Varvara Stavroguine et Prascovie Drozdov sont en scène.



VARVARA


Écoute. J’ai pensé à toi. Lâche ta broderie et viens t’asseoir près de moi. (Dacha vient près d’elle.) Veux-tu te marier ? (Dacha la regarde.) Attends, tais-toi. Je pense à quelqu’un de plus âgé que toi. Mais tu es raisonnable. D’ailleurs, c’est encore un bel homme. Il s’agit de Stépan Trophimovitch qui a été ton professeur et que tu as toujours estimé. Eh bien ? (Dacha la regarde encore.) Je sais, il est léger, il pleurniche, il pense trop à lui. Mais il a des qualités que tu apprécieras d’autant plus que je te le demande. Il mérite d’être aimé parce qu’il est sans défense. Comprends-tu cela ? (Dacha fait un geste affirmatif. Éclatant.) J’en étais sûre, j’étais sûre de toi. Quant à lui, il t’aimera parce qu’il le doit, il le doit ! Il faut qu’il t’adore ! Écoute, Dacha, il t’obéira. Tu l’y forceras à moins d’être une imbécile. Mais ne le pousse jamais à bout, c’est la première règle de la vie conjugale. Ah ! Dacha, il n’y a pas de plus grand bonheur que de se sacrifier. D’ailleurs tu me feras un grand plaisir et c’est là l’important. Mais je ne te force nullement. C’est à toi de décider. Parle.


DACHA, (lentement).


S’il le faut absolument, je le ferai.


VARVARA

Absolument ? À quoi fais-tu allusion ? (Dacha se tait et baisse la tête.) Tu viens de dire une sottise. Je vais te marier, c’est vrai, mais ce n’est point par nécessité, tu entends. L’idée m’en est venue, voilà tout. Il n’y a rien à cacher, n’est-ce pas ?


DACHA


Non. Je ferai comme vous voudrez.


VARVARA


Donc, tu consens. Alors, venons-en aux détails. Aussitôt après la cérémonie, je te verserai quinze mille roubles. Sur ces quinze mille, tu en donneras huit mille à Stépan Trophimovitch. Permets-lui de recevoir ses amis une fois par semaine. S’ils venaient plus souvent, mets-les à la porte. D’ailleurs, je serai là.


DACHA


Est-ce que Stépan Trophimovitch vous a dit quelque chose à ce sujet ?


VARVARA

Non, il ne m’a rien dit. Mais il va parler. (Elle se lève d’un mouvement brusque et jette son châle noir sur ses épaules. Dacha ne cesse de la regarder.) Tu es une ingrate ! Qu’imagines-tu ? Crois-tu que je vais te compromettre ? Mais il viendra lui-même te supplier, humblement, à genoux ! Il va mourir de bonheur, voilà comment cela se fera !

Entre Stépan Trophimovitch.




Albert Camus, Les Possédés (d’après Dostoïevski), in Théâtre, Récits, Nouvelles, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1962, pp. 944, 947-848.





■ Albert Camus
sur Terres de femmes

26 septembre 1945 | Création de Caligula d’Albert Camus
4 janvier 1960 | Mort d’Albert Camus (+ ultime entretien radiophonique avec Albert Camus, réalisé par Martine de Barcy pour Radio-Canada, autour de la création de la pièce Les Possédés [date de diffusion : 20 décembre 1959])


■ Voir/écouter aussi ▼

→ (sur ina.fr)
Interview de Simone Berriau, directrice du Théâtre Antoine + Albert Camus présente les comédiens qui jouent Les Possédés au Théâtre Antoine (24 janvier 1959) + description par Albert Camus des particularités de son adaptation
→ (sur ina.fr)
Pierre Dumayet reçoit Albert Camus à l’occasion de l’adaptation et de la mise en scène de la pièce Les Possédés (Lectures pour tous, 28 janvier 1959)
→ (dans les archives de la TSR)
Albert Camus parle de sa passion pour le théâtre
le Web Camus



Retour au répertoire de janvier 2005
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’ index de l’éphéméride culturelle

» Retour Incipit de Terres de femmes

Laisser un commentaire

Articles reliés