TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

14 février 1493 | Journal de bord de Christophe Colomb

Publié le :

14 février 2006

/

Catégorie(s) :

Topique : Voyage et récits de voyage
Éphéméride culturelle à rebours



Cristoforo Colombo
Image, G.AdC







Jeudi 14 février 1493


« Cette nuit, le vent augmenta encore et les vagues étaient épouvantables. Allant l’une contre l’autre, elles se heurtaient, embarrassaient en se brisant sur lui la marche du navire qui ne pouvait avancer ni se sortir d’entre elles. L’Amiral avait fait hisser la basse voile du grans mât afin de dégager seulement un peu son navire d’entre les flots. Il alla ainsi trois heures et courut vingt milles. La mer devenait toujours plus grosse et le vent plus violent. Voyant le péril grandir, il s’abandonna à courir en poupe où le vent le portait ; parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Alors la caravelle Pinta où allait Martin Alonzo Pinzon commença à courir aussi, puis disparut, quoique toute la nuit l’Amiral lui fit des signaux auxquels l’autre répondait, et cela jusqu’à ce que la violence de la tempête ne le lui permit plus et parce qu’elle se trouva fortement écartée du chemin de l’Amiral. Celui-ci alla cette nuit au nord-est quart est et parcourut cinquante-quatre milles qui font treize lieues.
Après le lever du soleil, le vent devint encore plus violent et la mer démontée plus terrible. L’Amiral ne gardait que la basse voile du grand mât, et très basse pour que le navire ne s’enfonçât pas mais pût sortir d’entre les vagues qui se croisaient. Il courut en direction nord-est, puis au quart nord-est. Il alla environ six heures ainsi, faisant sept lieues et demie.
Il ordonna que l’on tirât au sort celui qui se rendrait en pèlerinage à Santa Maria del Guadalupe, lui portant un cierge de pure cire de cinq livres, et que tous fissent vœu que celui que désignerait le sort accomplirait le pèlerinage. Il commanda d’apporter à cet effet autant de pois chiches qu’il y avait de personnes sur le navire, d’en marquer un d’une croix au couteau et de les mettre tous, bien remués, dans un bonnet. Le premier qui y mit la main fut l’Amiral et il en tira le pois chiche à la croix. Ce fut ainsi que le sort tomba sur lui et, dès ce moment, il se considéra comme pèlerin, tenu d’aller accomplir le vœu.
On tira au sort de nouveau pour l’envoi d’un autre pèlerin à Sainte-Marie-de-Lorette dans la marche d’Ancône, terre du pape, maison où Notre-Dame a fait et fait encore de nombreux et grands miracles. Le sort tomba sur un marin nommé Pedro de Villa, du port de Santa Maria, et l’Amiral lui promit de lui donner l’argent nécessaire aux frais du pèlerinage. On décida d’envoyer un autre pèlerin passer une nuit de veille à Santa Clara de Moguer et d’y faire dire une messe. Pour le désigner, on remit dans le bonnet les pois chiches dont celui à la croix, et le sort désigna encore l’Amiral.
Après cela, l’Amiral et l’équipage firent vœu d’aller, tous en chemise, dès l’arrivée à la première terre, en procession prier dans une église qui fût sous l’invocation de la Vierge.
Outre les vœux généraux ou communs à tous, chacun faisait le sien en particulier, car personne ne pensait échapper. Au milieu de la terrible tempête qui sévissait, tous se tenaient pour perdus. Ce qui augmentait encore le péril, c’est que le navire manquait de lest. Sa charge était allégée déjà des vivres mangés, de l’eau et du vin bus, et l’Amiral n’y avait pas pourvu dans son désir de profiter du beau temps qu’il avait eu par les îles. Son dessein était de faire prendre du lest à l’île des femmes où il avait résolu d’aller. Le remède dont il usa en cette nécessité fut, dès qu’il le put, de faire remplir d’eau de mer les pipes vides d’eau et de vin. Ainsi pourvurent-ils à ce danger… »


Christophe Colomb, La Découverte de l’Amérique, I. Journal de bord et autres écrits, 1492-1493, La Découverte/Poche, 2002, pp. 283-284.





Christophe_colomb



Retour au répertoire de février 2006
Retour à l’ index de l’éphéméride culturelle
Retour à l’ index des auteurs
Retour à l’ index de mes Topiques

» Retour Incipit de Terres de femmes

3 réponses à “14 février 1493 | Journal de bord de Christophe Colomb”

  1. pnyx

    A lire aussi sur Christophe Colomb : Une histoire populaire des États-Unis, De 1492 à nos jours (Paris, Agone, 2003, ISBN 2-9108-4679-2) de Howard ZINN, qui nous montre toute l’horreur de la colonisation.

  2. Votre mot sur Christophe Colomb appelle en moi un écho de ma ville natale*, où fut baptisée l’Amérique voici presque cinq siècles.
    Sans un petit groupe d’érudits vosgiens, la mémoire de Colomb se serait peut-être inscrite dans les cartes de géographie, au lieu de celui d’Amerigo Vespucci…
    Que d’ironie dans cette histoire je trouve, où un patelin paumé au fond du duché de Lorraine baptise le Nouveau Monde, le tout d’après une fausse information…

    * Lien fait par le Webmestre de TdF.

  3. Voici AMERICA _________

    de Roberto Kuntsler, un cantautore Romain d’aujourd’hui.

     » Colombo disse terra
    Infatti fu così
    I marinai guardarono
    Dritti ad occidente
    E videro una striscia
    Che non sembrava niente
    Nasceva da lontano
    Un sogno nella mente
    Ah, ah, America
    La sera sulla spiaggia
    Come se ci fosse il vino
    Colombo restò solo
    Parlò con un bambino
    E udì la vecchia storia
    Degli uomini giaguaro
    Che usavano le perle
    Al posto del denaro
    Ah, ah, America
    Ritornò dalla regina
    E disse c’è una terra
    Se vuoi sarà un impero
    Ma ci vorrà una guerra
    E quante guerre ancora
    Dovremo sopportare
    Per liberare il cielo
    Per liberare il mare
    Ah, ah, America. »

    _____________________

    Et la traduction/adaptation que j’en donne :

    _____________________

    AMERICA

    Christophe Colomb s’écria – Terre –
    Et il en fut ainsi
    AMERICA…
    Les navigateurs regardèrent droit vers l’occident
    Ils virent un détroit qui ne ressemblait à rien
    Et dans le lointain un rêve mental naquit
    AMERICA…
    Le soir sur la grève en une veillée de vin
    Le Génois resta seul à parler avec un gamin
    Il écouta la vielle histoire des hommes jaguar
    Ceux qui en guise de monnaie
    Se servaient des perles
    AMERICA…
    De retour au royaume d’Espagne
    À la Reine il annonça
    Il y a une terre qui si tu le veux
    Peut devenir un empire
    Mais il faut lui faire la guerre
    AMERICA…
    Combien de guerres devrons-nous faire encore
    Pour libérer le ciel et la mer…
    AMERICA…
    _____________________

    Consulter le site de Roberto Kunstler
    Qui dit puiser une bonne part de son inspiration chez Carlo Michelstaedter (1887-1910), philosophe, poète et artiste Italien.

    ____________________

    Amicizia
    Guidu ________

Laisser un commentaire

Articles reliés