TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

17 janvier 1977 | Cahier de poésie d’Eugenio Montale

Publié le :

17 janvier 2006

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



Morgane
Photocollage, G.AdC






MORGANA



Non so immaginare come la tua giovinezza
si sia prolungata
di tanto tempo (e quale !).
Mi avevano accusato
di abbandonare il branco
quasi ch’io mi sentissi
illustre, ex gregis o che diavolo altro.
Invece avevo detto soltanto revenons
à nos moutons (non pecore però)
ma la torma pensò
che la sventura di appartenere a un multiplo
fosse indizio di un’anima distorta
e di un cuore senza pietà.
Ahimè figlia adorata, vera mia
Regina della Notte, mia Cordelia,
mia Brunilde, mia rondine alle prime luci,
mia baby-sitter se il cervello vàgoli,
mia spada e scudo,
ahimè come si perdono le piste
tracciate al nostro passo
dai Mani che ci vegliarono, I più efferati
che mai fossero a guardia di due umani.
Hanno detto hanno scritto che ci mancò le fede.
Forse ne abbiamo avuto un surrogato.
La fede è un’altra. Cosi fù detto ma
non è detto che il detto sia sicuro.
Forse sarebbe bastata quella della Catastrofe,
ma non per te che uscivi per ritornarvi
Dal grembo degli Dèi.




Eugenio Montale, Quaderno di quattro anni [Mondadori, collana dello “Specchio”, settembre 1977], Oscar Mondadori, Collana Oscar poesia del Novecento, aprile 2015, pagina 335. A cura di Alberto Bertoni e Guido Mattia Gallerani.






Eugenio Montale, Quaderno di quattro anni







MORGANE



Je ne puis imaginer que ta jeunesse
se soit prolongée
si longtemps (et quel temps !).
On m’avait accusé
d’abandonner le troupeau
comme si je me sentais
illustre, ex gregis, que sais-je encore.
Or je m’étais contenté de dire
revenons à nos moutons (foin des brebis)
mais la foule pensa
que la disgrâce d’appartenir à un multiple
était signe d’âme déformée
et de cœur sans pitié.
Hélas fille adorée, ma véritable
Reine de la Nuit, ma Cordélie,
ma Brunehilde, mon hirondelle de l’aube,
ma baby-sitter si mon cerveau s’égare,
mon épée mon bouclier,
hélas comme se perdent les pistes
que traçaient sous nos pas
les Mânes qui nous ont veillés, les plus atroces
qui aient jamais été gardiens de deux humains.
On a écrit et dit que la foi nous manquait.
Peut-être en avons-nous eu un succédané.
La foi est autre chose. Ainsi disait-on mais
il n’est pas dit que le dit soit bien sûr.
Peut-être aurait suffi celle en la Catastrophe,
mais non pour toi qui du giron des Dieux
sortais pour y faire retour.


(17 janvier 1977)




Eugenio Montale, Cahier de poésie 1973-1977, Derniers poèmes, Poésies VI, édition bilingue, éditions Gallimard, 1988, pp. 134-137. Choix, traduction de l’italien et notes de Patrice Dyerval Angelini.



_______________________________________________
NOTE d’AP : daté du 17 janvier 1977, ce poème clôt le Quaderno di quattro anni (Cahier de poésie), cahier ouvert par le poète le 8 juillet 1973 et achevé le 20 juin 1977. Publié en septembre 1977 comme recueil poétique, il est l’avant-dernier ouvrage publié du vivant d’Eugenio Montale. Suivra Altri versi, publié dans un premier temps dans l’œuvre poétique intégrale, L’opera in versi (Einaudi, décembre 1980), établie par Rosanne Bettarini et Gianfranco Contini, puis dans un livre à part (édition établie par Giorgio Zampa, Mondadori, Milan, mai 1981), peu avant la mort d’Eugenio Montale le 12 septembre 1981.

Dans Quaderno di quattro anni, souvenirs d’hier côtoient des notes récentes. Le lecteur y retrouve une poésie âpre où se mêlent autobiographie et « hermétisme florentin ». Mais où affleurent, souverains, avec l’esprit de contestation, l’ironie et l’humour.





EUGENIO MONTALE


Montale 2





■ Eugenio Montale
sur Terres de femmes


12 octobre 1896 | Naissance d’Eugenio Montale
12 septembre 1981 | Mort d’Eugenio Montale
Corno inglese (poème extrait d’Ossi di seppia)
Da un lago svizzero (poème extrait de La bufera e altro)
Nel Sonno (autre poème extrait de La bufera e altro)
Quel che resta (Se resta)[autre poème extrait de Quaderno di quattro anni]




■ Voir | écouter aussi ▼


→ (sur un site italien dédié à Eugenio Montale)
Nombreux articles sur Eugenio Montale
→ (sur le site de l’INA)
un entretien d’Eugenio Montale avec Pierre André Boutang





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Une réponse à “17 janvier 1977 | Cahier de poésie d’Eugenio Montale”

  1. pascale

    Qu’il est magnifique ce photo-collage, une fois de plus de Guidu ; ce rideau de lumière (divine ?) qui se déverse sur les pieux fringants et brillants, comme lavés des péchés que les fidèles y laissent. J’aime aussi dans ce clair-obscur le mélange des formes douces du vitrail et de l’arche et celles plus austères de la nef et des piliers. Et que dire de cette statue aux airs de déesse hindoue dont certains traits du visage encore jeune sont cependant grêlés par l’usure irrémédiable du temps qui passe et n’en finit pas de s’écouler ? La foi à l’épreuve du temps, beau défi pour le mouton mécréant du poème…

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