TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

27 février 2005 | Ultime projection à la salle Chaillot de la Cinémathèque française

Publié le :

27 février 2005

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



27 février 2005 : coup de blues pour les cinéphiles et les amateurs de salles de cinéma d’art et essai. Le lendemain, lundi 28 février, ferment définitivement la mythique salle de projection de la Cinémathèque française (fondée le 9 septembre 1936 par Henri Langlois et Georges Franju, et installée depuis 1963 au Palais de Chaillot) en même temps que celle des Grands Boulevards. Les aficionados de la salle du Palais de Chaillot devront migrer, à l’automne, rue de Bercy, dans le nouveau bâtiment édifié par Frank Gehry, où seront sises les nouvelles salles. Pour signer l’événement, la salle de Chaillot projette ce dimanche soir 27 février son ultime film : Histoire (s) de Cinéma, de Jean-Luc Godard.







Cinematheque
Image, G.AdC







Dans ma mémoire, la Cinémathèque française, à laquelle j’étais abonnée, c’est le rituel de l’attente fiévreuse des week-ends parisiens où il m’arrivait parfois de voir trois films dans un même après-midi. L’attente de l’ouverture des grilles dans l’humidité grelottante et le froid. La sage queue au guichet. Cette atmosphère très intimiste, toute d’intériorité, de convivialité et de complicité silencieuse, et que « j’ai tant aimée » (bonsoir Ettore Scola !). Suivie de si grands moments d’émotion et de pure beauté. C’est beaucoup, en 2003, l’intégrale de la rétrospective de l’œuvre cinématographique de Pier Paolo Pasolini. Je revois encore les séquences de L’Évangile selon Saint Matthieu, tourné à Matera dans les Pouilles, avec, dans le rôle de la mère du Christ, la propre mère de Pier Paolo Pasolini. Bouleversant. Inoubliable.





Evangile_selon_saint_matthieu





Mais cette salle de la Cinémathèque, c’est bien évidemment d’abord le souvenir du personnage du co-fondateur de la Cinémathèque française, Henri Langlois, limogé le 9 février 1968, et les manifestations qui ont suivi. C’est aussi la première scène d’Innocents (The Dreamers) de Bernardo Bertolucci [harangue de Jean-Pierre Léaud sur la musique des Quatre cent coups de Truffaut], c’est encore le poème de Jacques Prévert « Mai 68 » chanté par Catherine Ribeiro dans le disque « Jacqueries ».





MAI 1968


On ferme !
Cri du coeur des gardiens du musée homme usé
Cri du coeur à greffer
à rafistoler
Cri d’un coeur exténué
On ferme !
On ferme la Cinémathèque
et la Sorbonne avec
On ferme !
On verrouille l’espoir
On cloître les idées
On ferme !
O.R.T.F. bouclée
Vérités séquestrées
Jeunesse bâillonnée
On ferme !
Et si la jeunesse ouvre la bouche
par la force des choses
par les forces de l’ordre
on la lui fait fermer
On ferme !
Mais la jeunesse à terre
matraquée piétinée
gazée et aveuglée
se relève pour forcer les grandes portes ouvertes
les portes d’un passé mensonger
périmé
On ouvre !
On ouvre sur la vie
la solidarité
et sur la liberté de la lucidité.


Jacques Prévert


Ci-après une bande-son enregistrée en Mai 68, introduisant une chanson de Colette Magny : Nous sommes le pouvoir.



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Une réponse à “27 février 2005 | Ultime projection à la salle Chaillot de la Cinémathèque française”

  1. Yves

    Une petite info pour les nostalgiques de Catherine Ribeiro. Elle a son site et revient sur scène. Elle chante à Charleville-Mézières le 7 octobre et à Valenciennes le 18 novembre.
    Je cite :
    « Il me faut défier la médiocrité ambiante par l’étonnement et la stupeur.
    Défier le temps qui passe et rompre le silence par des éclats de rire et des jeux de lumière. Et puis vivre, vivre encore car rien ne m’obsède plus que la vie. Vivre afin que le soleil se lève dans ma poitrine; que la brûlure me rende téméraire… »
    Je croirais entendre Angèle…

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