Henry Bauchau, Diotime et les lions,
Actes Sud, Collection Babel, 1999.
C’EST L’HEURE OÙ LES LIONS VONT BOIRE
Tout inspire et tout m’inspire dans ce récit d’Henry Bauchau. La mosaïque choisie par la collection Babel pour la première de couverture : un tapis de pierres provenant du péristyle d’un palais des empereurs de Byzance. « C’est l’heure où les lions vont boire ». Le titre éponyme du récit : résonances hugoliennes lointaines, enfouies derrière de multiples strates de mémoire. Mais qui est donc cette Diotime ? Quel lien fusionnel entretient-elle avec les lions ?
Superbe comme la mosaïque qui se déploie sous nos yeux, le récit délivre un à un ses secrets. Diotime nous enlève jusqu’aux temps solennels et antiques qui sont les siens. Ceux des grands de la Perse. Cambyse qui aime d’amour fou cette jeune amazone, sa petite fille. Kyros, son père, qui tient la fillette en haute et tendre estime. Caractère indomptable que cette Diotime ! Le sang perse de ses ancêtres lions coule dans ses veines fougueuses. Elle n’a de cesse que de voir se réaliser son rêve: s’affronter enfin aux grands fauves, participer au sacrifice de leur sang, se repaître de leur sève. Afin d’inaugurer à elle seule une voie nouvelle, dans ce rituel ancestral qui exclut toute femme. Pour cela, il lui faut braver les interdits, tenir en laisse son désir pour Arsès. Remettre à plus tard ses noces. Il faut à Diotime rencontrer le Grand Ancêtre. Et il faut aux amants le temps de s’imprégner de la sagesse orientale du vieillard-enfant. S’imprégner du Tao. Le vieillard-enfant, un être mystérieux qui les conduit au pas lent de son buffle noir dans une cérémoniale marche initiatique. Jusqu’à l’étreinte létale du vieillard-Enfant avec le Grand Lion ancestral.
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli
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