Prends dans mes paumes, pour ta joie,
Un peu de soleil et un peu de miel,
Les abeilles de Perséphone nous l’enjoignent.
On ne peut détacher la barque non amarrée,
Ni entendre l’ombre chaussée de fourrure,
Ni vaincre, dans la vie épaisse, la peur.
Il ne nous reste plus que ces baisers
Velus comme les petites abeilles
Qui meurent à la porte de la ruche.
Elles bruissent dans les fourrés limpides de la nuit.
Leur patrie est l’épaisse forêt du Taygète,
Leur aliment : le temps, la bourrache, la menthe.

Prends pour ta joie mon sauvage présent,
Ce pauvre collier sec d’abeilles mortes
Qui ont transformé le miel en soleil.
1920
0ssip Mandelstam, «Tristia » in D’une lyre à cinq cordes,
Traductions de Philippe Jaccottet (1946-1995),
Éditions Gallimard 1997, p.154.

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