
Biiya chaahui’ ngui’ naculu’ lari beenda’
Biiya’ chzhui’ dxu’
gupa ndaani’ iquelu’ ca banda’ biaani’ ni qui nibeelu’
sti’ ca binni nexhe’ lu gubidxa
sicasi ñacaca yuze biniti lu neza
Binnilidxidu laacabe
ne ziuu dxi ziasacabe
lade ca gue’tu’ ca
ne zabiguetacabe ra nuulu’
ti guchacabe lulu’ na’ ni bigá
guebeyani ni guche
yuubaique ni bixii
ne layú ni biuu gudxa ne xpacandacabe
Mira bien hombre disfrazado de serpiente
Mira bien soldado
guarda en tu memoria las fotografías que no tomaste
de los cuerpos tendidos al sol
como reses perdidas en los caminos
Son nuestros padres
los que un día se levantarán
de entre los muertos
y volverán a ti
para reclamarte los brazos mutilados
las gargantas laceradas
las costillas rotas
los sesos derramados
y la tierra regada con sus sueños
Regarde bien homme déguisé en serpent
Regarde bien soldat
garde dans ta mémoire les photographies que tu ne pris pas
des corps étendus au soleil
comme des bovins perdus sur les chemins
Ce sont nos pères
qui un jour se lèveront
d’entre les morts
et reviendront vers toi
pour te réclamer les bras mutilés
les gorges déchirées
les côtes brisées
les cervelles répandues
et la terre arrosée de leurs rêves
Irma Pineda, « Guie’ ni zinebe » I « la flor que se llevo’ » I « La fleur qu’il emporta », Poèmes en diidxazá (zapotèque de l’Isthme), espagnol et français, traduits de l’espagnol par Christel Visée, La Crypte/ pluralia 2025, pp.54,55.
Irma Pineda est née en 1974 à Juchitán de Zaragoza dans l’État de Oaxaca, au Mexique. Connue pour son engagement auprès de son peuple, les Zapothèques de l’isthme de Tehuantepec (Oaxaca) ou Binnizá (« gens qui viennent des nuages), elle a aussi représenté les communautés indigènes à l’ONU. Toute sa poésie est écrite en deux langues : sa langue maternelle, le zapotèque de l’Isthme ou « diidxazá »(« langue nuage »), et l’espagnol. Elle évoque dans ce recueil les violences militaires contre les peuples indigènes. Des mots profondément enracinés dans la terre et la mémoire de son peuple qui saignent, pleurent, interpellent, consolent, aiment et tissent contre toute espérance des liens d’humanité.
Christel Visée est traductrice de l’espagnol et de l’anglais (Carte pour le monde à venir, Joy Harjo, L’Arbre à paroles, 2019, et poétesse (Les mots d’Adama, La Crypte ,2022).
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