TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Paul de Brancion | Ma Mor est morte | L’Ogre du Vaterland

Publié le :

14 avril 2026

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Que veut la femme ? Qui est celle qui veut ? Souvent je me suis
demandé si Mor en était ? Était-elle vraiment une femme ?
Principalement elle fut une « petite fille interminable ». Du coup,
toutes les filles de la vieille famille, c’est-à-dire mes sœurs, furent jetées
dans ce questionnement. Était-il possible pour elles d’être des femmes
(désirables) et de vouloir en tant que telles ?
Je ne le pense pas, elles ont toujours été obligées de rester sur le bord
de la ruelle de leur vouloir de Femme.
Je n’écrirai pas au sujet de mes « sœurs Cendrillon » ici, ce n’est
pas mon objet.
Il y a quelque chose d’extrêmement émouvant à s’interroger sur le
Vouloir de la femme. Que veut la Femme ?
C’est sans détour.
Parce qu’ainsi on délimite, on matérialise l’existence d’une ligne de
Démarcation extrêmement claire, voire farouche, entre elle et nous. Ce
N’est pas n’importe qui « la Femme ».
Mor n’était pas une femme. Mor était un succédané. Cela doit être
incommensurablement ardu d’être la fille de ma mère.
Imagine donc déjà d’être son fils ? Fils de Mor !
Il m’aurait été impossible d’écrire ce livre si j’avais dû l’appeler du
nom de « Maman » et non pas « Mor. Elle est Mor ici, elle est
« Mor » de toute éternité.

Paul de Brancion, Ma mor est morte, éditions LansKine, 2026, p.75

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À ma naissance, il a compris qu’il y passerait un jour. Parce que sa
femme jubilait enfin. Son allégresse, ses cris ont dû l’effrayer. C’était la
première fois qu’il assistait à la venue au monde d’un enfant.

Un bon fils est un fils mort !

Mais ich ne suis pas un bon fils, donc ich ai vécu. Aucun rementir. Le vent
murmure dans les feuilles mortes : il n’y a de place pour toi ni dans les
bras du père déserté de lui-même ni dans les griffes du Roi des Aulnes.
Échappe – toi sur le cheval et ne tombe pas.

Il se leva de bon matin, et alla au bord du ruisseau, où il emplit ses
poches de petits cailloux blancs et ensuite revint à la maison.

                                                                                LE PETIT POUCET

 

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Longtemps ich’ ai recherché la haine comme une ascèse qui
m’empêcherait de l’aimer pour conjurer la peur. Dans l’enfance, ich
proférais des tonnes d’obscénités sur lui et sur sa femme. Rien n’y fit,
il garda une épaisseur incorruptible de bunker en ciment encore frais.
Ses coups – dans ma mémoire – étaient trop humains, ils me
touchaient. Se souvenir seulement de la terreur, des ordres jetés, des
remarques qui claquaient.
Ich, recroquevillé, attends que cela s’estompe mais cela ne s’effacera
Jamais. Tout l’appareil de l’Église romaine est aux ordres de Léon-
Jacques, de son passé, de la répression physique. Le Christ est de mon
côté, discrètement.

Cette histoire demeure impensable hors une interprétation catholique
du monde.

Vous avez là un bel héritage, dit le Roi au Marquis de Carabas.

                                                                                   LE CHAT BOTTÉ

Paul de Brancion, L’Ogre du Vaterland, éditions LansKine 2026, pp.93,94.

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