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[LA LENTE]
Tu sens bien que le vert ne reviendra pas C’est un avril fichu, un autre printemps L’acharnement des mouettes fait frissonner La ville cède par des détails infimes… Il y a une carie dans le ciment On voit dans le net la honte d’une langue Chaque jour qui passe corrompt ses racines Il y a comme des radicelles pourpres Dans les yeux la fureur de sa propre fin Les fondations que l’on voulait oublier Les chevilles gonflées penchent vers la terre Elle cherche un mot où être tout entière. [L’ÉTOURDIE] Ma vue me trahit, je n’ai que mes petites choses, je ne suis plus qu’un arbre de veines, une « demeure vide » aux coups de boutoir des ans… Tu ne sais pas combien. Et j’aspire à tant de choses ! de nouvelles antennes, et puis je ne sais plus ce qu’on me voulait. Je ne veux presque rien mais rien ne remplit cette vacance, ce froid où je me perds. Les matins semblent voler avec les merles. Les soirs me crient : tu devrais chercher ailleurs, oublier ce qui t’a soutenue, rêvée… Lis : « perdre sa vie après les oiselets »… (Purgatoire, XXIII, 3) [L’AFRICAINE] Elle entre au fond de soi dans le noir du noir là où personne ne sait, n’ose affronter ce sifflement continu du vent d’en bas qui porte aussi les souffles de disparus chaque fois au bord de se faire comprendre mais trop tard, trop tard, le bruit assourdissant de sa vie la distrait une fois de plus. Elle a cru une fois qu’elle remontait le fleuve-mer, qu’elle avait le fil du rêve vers l’autre rive – mais rien jamais ne rend la question lancée comme dans l’eau d’un puits. Comme fond au noir un souvenir d’été. Jean-Charles Vegliante, Onze visites (et un post-scriptum) in Les Carnets d’Eucharis, Portraits de poètes #3, « Au pas du lavoir | Poésie & Prose», 2020, pp. 147 et 149. ![]() |
JEAN-CHARLES VEGLIANTE![]() Source ■ Jean-Charles Vegliante sur Terres de femmes ▼ → [Un petit garçon passe] (extrait de Fragments de la chasse au trésor) → Celle qui dort… (extrait des Oublies) → Fenêtre (extrait de Trois cahiers avec une chanson) → [Au fond de moi est un animal sauvage] (extrait d’Où nul ne veut se tenir) → Où nul ne veut se tenir (lecture de Joëlle Gardes) ■ Voir aussi ▼ → (sur Recours au Poème) une notice bio-bibliographique sur Jean-Charles Vegliante (+ 6 poèmes choisis) ■ Voir encore ▼ → le site Les Carnets d’Eucharis |
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