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D’ABORD ET TOUJOURS, 4
La flûte, la longue flûte horizontale, la bien-nommée, la traversière, le musicien l’approchant de ses lèvres ferme les yeux : si nous le regardons sans rien entendre, lui pressent l’émergence, le devenir du premier souffle, en se concentrant, il accorde à la respiration l’essor, l’alliance de l’inquiétude et de la joie selon un ordre exigé par l’écoute qui ne revient pas en arrière. Raucité, fluidité, soulèvement, rupture, soulèvement nouveau plus rauque, plus fluide, que les sons émanent d’un os, d’un roseau, à marée haute, à la fonte des glaces, les embruns s’enivrent ou s’embrasent, les herbes, les ailes, ils remercient de se sentir compris. À notre tour de nous en inspirer, l’air ne refuse personne : nous aimerons les mots s’affranchissant des mots dans les poèmes et dans l’intervalle, d’une page à l’autre, la main touchera le silence, frémira comme une âme inlassablement fugitive en son visage. Pierre Dhainaut, « D’abord et toujours », 4, Pour voix et flûte, Æncrages & Co, Collection Voix de chants, 2020, s.f. Encres de Caroline François-Rubino.
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