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[MAIS VOILÀ IL Y A UN AU-DELÀ DES APPARENCES] Mais voilà il y a un au-delà des apparences Il y a comme un ciel vertigineux qui nie les apparences Et c’est l’indifférence L’indifférence aux heures qui trottent sur le cadran translucide de la vie L’indifférence aux saisons Au bas du parchemin duquel est apposé un sceau de quatre couleurs différentes : Vert, jaune, marron et blanc. Ad aeternam (qu’on pourrait représenter aussi sous l’aspect de quatre oiseaux empaillés dans une vitrine) L’indifférence aux années qui roulent depuis toujours et sans fin Peut-être que c’est cela Dieu : l’au-delà des apparences diverses L’indifférence suprême, l’indifférencié suprême Le temps, Dieu et les hommes, indifférents les uns vis-à-vis des autres Tels les acteurs, le public, l’auteur, indifférents les uns envers les autres Pour échapper à la mort Et non pas comme événement individuel mais comme condition L’indifférence arc-boutée à l’indifférence L’une articulée à l’autre Et formant ensemble un bras plus puissant que celui qui fendit les flots de la Mer rouge… Un bras à défier les machines-robots qui déshumanisent l’homme en le dépossédant Qui ont vaincu l’humanité comme Moïse vainquit l’onde Pour y faire passer à pied sec son pauvre peuple L’indifférence de l’aigle qui vire en cercles larges et lents à hauteur de cime Et pour l’œil brillant et minuscule de qui la vallée n’est rien, le fleuve n’est rien L’activité humaine n’est rien, la circulation des automobiles et des trains, rien La fumée des cheminées d’usines et les chantiers, les carrières, rien Les champs et les prés, avec leurs tracteurs, leurs moissonneuses- batteuses, rien Et même les moutons qu’ils enlèveront dans les airs sans parler des menus rongeurs Ne sont rien sous leur regard souverain où on lirait le refus et le mépris Si on pouvait l’observer de près Voyez comme il promène sa silhouette cruciforme sur le fond du ciel d’azur Et de quelle manière il joue avec les courants de l’air Quelle leçon que les jeux de l’aigle en sa sagesse ! Le soleil décline devant ma fenêtre L’instant est silencieux et ce qu’il y a de plus muet entonne un chant nouveau J’ouvre le livre des anciens visages d’Égypte Et je les écoute Ils me parlent de la mort et de sa morsure De l’éternité qu’elle fait sourdre de la chair du temps Et comme je les en remercie, ces très vieux morts Peints à l’encaustique sur des sarcophages en bois de tilleul Ou peints à la détrempe sur des sarcophages en bois d’if, en bois de sycomore
Peints sur des masques de plâtre et sur des voiles en lin Ces hommes, ces matrones, ces jeunes filles, ces enfants Prenant éternellement congé de nous Sur les vertes collines des adieux. Emmanuel Moses, Quatuor, II , Poème, Le Bruit du temps éditions, 2020, pp. 40-42. [en librairie le 6 mars 2020]
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