![]() Ph. angèlepaoli LA TERRE S’ÉVADE Traversées de pensées le torrent roule ses eaux lourdes les fusils claquent dans le soleil j’invente sous la treille la fraîcheur de l’aube et le chant blême de la lune la tour là-bas la tour de la mère protectrice me tient serrée dans ses entrailles ― depuis quand et toujours ― un chien jappe qui jamais ne cesse emplit le vallon de sa gouaille les châtaignes boguent dans la mousse l’hiver est en suspens à la lisière l’avant-naître et l’après- même solitude même silence lent je cherche l’instant pérenne qui me détache du passé du futur équilibre d’absence sur le fil dans la tiédeur du jour le vrillement incessant des insectes je guette les signes avant-coureurs de l’autre saison [ les coupes sourdes dans le maquis les rondins abandonnés à la clairière neuve l’odeur de bûche fraîche le grelot qui rythme les heures les trouées de trilles dans les chênes les froissements d’ailes qui brouillonnent les feuilles ] la terre remuée s’évade odeurs d’urine et de moisi la mer plus proche mer montgolfière dure et sereine monte à l’assaut du ciel Immobilité du matin.
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Voir aussi : – (sur le site de Jacques Basse) un extrait de la version manuscrite de ce poème et un portrait par Jacques Basse d’après une photo de Sarah Foliard. |
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