TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Fernando Pessoa | Ulysse

Publié le :

22 janvier 2008

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Le_soleil_luimme_qui_ouvre_les_cieu
Oculus du Panthéon (Rome)
Ph., G.AdC






ULYSSES


O mytho é o nada que é tudo.
O mesmo sol que abra os céus
É um mytho brilhante e mudo ―
O corpo morto de Deus,
Vivo e desnudo.

Este, que aqui aportou,
Foi por não ser existindo.
Sem existir nos bastou.
Por não ter vindo foi vindo
E nos creou.

Assim a lenda se escorre
A entrar na realidade,
E a fecundal-a decorre.
Em baixo, a vida, metade
De nada, morre.






ULYSSE


Le mythe est le rien qui est tout.
Le soleil lui-même qui ouvre les cieux
Est un mythe brillant et muet ―
La dépouille mortelle de Dieu,
Vivante, mise à nu.

Celui-là, qui trouva un havre en ces lieux,
Reçut de son absence d’être une existence.
Sans exister il nous combla.
Parce qu’il n’est pas venu, il fut celui qui vint,
Il fut celui qui nous créa.

Ainsi s’écoule d’elle-même la légende
En venant pénétrer la réalité,
Qu’en son parcours elle féconde.
Plus bas, la vie, moitié
De rien, se meurt.



Fernando Pessoa, Message, Premier in Poèmes ésotériques – Message – Le Marin, Christian Bourgois éditeur, 1988, pp. 104-105.





■ Fernando Pessoa
sur Terres de femmes



[Ce soir l’orage a roulé] (extrait du Gardeur de troupeaux)
[Hommes de barre !] (extrait d’Ode maritime)
Les Îles Fortunées
Sous un ciel bas et sombre
13 juin 1888 | Naissance de Fernando Pessoa
13 juin 1930
14 septembre 1931
29 janvier 1932
11 juin 1932





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5 réponses à “Fernando Pessoa | Ulysse”

  1. agnès

    Je conserve encore, comme une stupeur

    Où l’enfance survit

    Moitié de l’enthousiasme

    Qui est le mien car il le fut déjà

    Parfois je me fais presque honte

    De croire autant ce que je ne crois pas.

    C’est une variété de rêve

    Avec le réel au milieu.

    Tournesol au penchant illusoire

    A l’entour du centre muet,

    Il parle, jaune, stupéfait

    Du centre noir qui est tout.

    En écho, un autre texte de Pessoa…

  2. Gilles M

           &nbsp          LABEL BLEU

    Le voici fixé,
    l’ami,
    son âme laminée
    par le scalpel d’une résection réussie;
    sans hypnose, sans laminectomie,
    mais bien revenu des abysses
              ― Ulysse ―                                 sous la grâce de son voyage bouclé
    hors du lys, ourlé
    du lien des deuils
    des disparus de la nuit étoilée,
    digne de la liberté,
    libre, libre, libre d’elle,
    nimbée :
              « – Lumière. »

  3. Bonjour,
    Félicitations pour ton livre… vu chez Viviane
    Je me suis dit qu’il fallait revenir en Corse par ce beau temps et tout ce soleil.
    Ici le temps est beau.
    Clémentine

  4. agnès

    Sirènes

    Vers la vague assagie,
    des impulsions
    toujours freinées
    toujours retenues.
    un excès de sel
    ou d’ombres
    une forêt d’algues peut-être ?

    Arrêt soudain du vent
    si ce n’est le froissement
    d’une aile
    encore invisible.
    Arrêt du mouvement
    sur une montée d’eau,
    une lêchure
    sur rocs et falaises…

  5. PSOENNE

    JE-M’APPELLE-AUSSI-PESSOA

         Je m’appelle aussi Pessoa. Mais ça, je ne le dirai à Personne. C’est un secret qui me permet de bleuir des pages en toute liberté.

        J’allais écrire « impunité ». Variantes que je peux m’autoriser quand Pessoa tient la plume. Par exemple, « ce qui me ronge d’avantage encore », vous savez toutes ces redites sur mon amertume, mes regrets, mon horreur, peut aussi devenir « plus vastement nocturne ».

         Je m’appelle aussi Pessoa. Je vis dans le soleil, les ombres nettes, la poussière soulevée par le mistral, et même, confidence pour confiance, dans ce petit hamac des songes, tissé sous la Croix du Sud des Amériques; mais c’est de pluie que j’écris, du goutte à goutte de l’oubli de moi, de ma destinée, des idées qu’habituellement je me prête quelques instants pour mieux, l’instant d’après en changer; le tout basculant dans une dimension paradoxale de non-être, qui vide peu à peu la substance de cet être que je croyais pourtant bien connaître, au moins dans ses grandes lignes…

         Et d’ailleurs pour bien montrer combien tout cela est sans relief, inconsistant – c’est pour cela peut-être que ces pages une fois tracées s’entassent dans le tiroir de mon bureau – je peux écrire mon rêve d’échapper à l’être comme au non-être.

         Mais pour l’heure, alors que le lave-vaisselle redonne tout leur éclat aux plats et aux couverts, Je-M’appelle-Aussi-Pessoa songe, en riant en dedans, qu’Il est aussi cette machine qui profite des heures creuses de la nuit, pour s’adonner, au moindre frais, au bleuissement des pages blanches, en toute liberté.

    jean jacques dorio
    (publication Rivaginaires n°30/2005)

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