TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Angèle Paoli | Le dit d’amour noir

Publié le :

29 novembre 2007

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Ta_bretelle_court_sous_lenfantine_p
Ph., G.AdC





LE DIT D’AMOUR NOIR


Long long le temps
long sans bretelle
à dénuder l’épaule
sans bouche à nouer
baiser nu
sans boucle à dériver
du lobe de l’oreille
sans mot à délivrer
entre deux lèvres tues.


Long long le temps vide
vie hors-champ
des―errance de l’âme
du corps vaincu par
non-désir
quoi d’autre hors passion
chants d’amour
reniés calendes du
néant.


Long le temps longue
la plainte féroce qui
ronge sang et eaux
larmes veines flétries
et vaines.


Je te cherche perdue et plus
ne me réponds mais
ta bretelle court sous
l’enfantine épaule
et m’appartient
je garde sous mes doigts
du fin duvet la caresse la soie
et la mer de nuages
infinis de promesses
jamais n’effacera
douceur tendresse
le dit de haine
dit d’amour
noir.

Dans un bar de Paris, le 29 novembre 2007


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli



Note : ce poème a été publié dans l’ouvrage collectif Calendrier de la poésie francophone 2009, Alhambra Publishing (Belgium), 2008, pp. 427-428.




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5 réponses à “Angèle Paoli | Le dit d’amour noir”

  1. moi aussi je viens d’une île, celle en bas de la tienne !

  2. D’une île ? Alors je t’envoie cet extrait d’un poème de ma Sarde préférée (corse par sa grand-mère).

    « Oggi è una notte di pioggia.
    Possiamo traversarla in due diversi bagliori senza luce
    dire, toccando il gelido bordo di un bicchiere
    che tanta lontananza non è stata un errore
    se ha cinto e sciolto segretamente
    ogni irreale desiderio. »

    Antonella Anedda, « novembre, notte », Notti di pace occidentale, Donzelli Poesia, 2001, p. 59.

    « Aujourd’hui c’est une nuit de pluie.
    Nous pouvons la traverser selon deux lueurs diverses sans lumière
    dire, en touchant le bord gelé d’un verre
    que tant d’éloignement n’a pas été une erreur
    s’il a ceint et dissipé secrètement
    tout désir irréel. »

    (traduction d’un Sarde de Lyon, Marcu Porcu, un ami d’Antonella Anedda)

  3. D’une autre île, un peu au nord de la tienne…
    Par solidarité vive… en aveugle…
    ____________

    On accède au seuil d’ombre pour célébrer le deuil ?
    On ne sait pas… On ne sait pas…

    Le rouge vif perlé de fines dentelles a déporté la caresse, à n’en plus finir, à n’en plus finir… entraînant sur un long rivage d’amiante une houle de rongements, de crissements infestés d’algues brunes, rugueuses d’amertume.
    On n’a rien choisi, après s’être fait croire, assez longtemps que si… On n’a rien choisi au tout début… On a cédé… simplement resserré de trop près la simple idée d’étreindre.
    Et si c’était vrai qu’un amour abandonne ses peaux comme on voit monter sur les champs d’asphodèles leurs chandeliers macabres sous la chute des fleurs, cruciformes, mais blanches ?
    Les autres n’y comprennent rien, ne savent pas toujours ce qu’un amour fervent ravine au fond d’irrémédiable, ce qu’il pilonnera de rage avant l’oubli dans le corps échoué du désir.
    Il y a toujours et après-coup un reliquat d’indicible dans tout don partagé sous une asymétrie très encombrante, c’est elle qui enfle en vain, chaque matin, ses alvéoles de silence.

    Le sable est amnésique
    Jamais le cœur.
    Pourquoi ?

    Et quand un cri surgit, il n’est plus de jouissance tenue, et retenue. Le sang n’a pas monté jusqu’à l’épaule… un courant l’a figé et que faire après ça ?… Quand l’ultime promesse, et sans pitié, aura zébré la nostalgie.

    On ne sait plus. On n’en saura pas plus.
    On retourne nager… Peut-être, mais pas en hiver…

  4. Quel texte magnifique, Mth, je suis bouleversée. Tu as raison, ma belle, nager en hiver me paraît hors de saison sauf à imaginer un long et long séjour, interminable séjour silencieux dans les vagues. Alors, quoi d’autre, sinon s’accrocher aux branches que le vent secoue de ses rafales en attendant de faire peau neuve avec le retour du printemps et de l’écume douce. En attendant, en attendant, il faut souffrir et ravaler ses larmes.
    Merci à toi, d’être là, vigilante et amie.

  5. Christiane

    Frôler cette douleur d’une aile d’ange…

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