TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Joëlle Gardes | Jardin sous le givre

Publié le :

17 septembre 2007

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Catégorie(s) :

Joëlle Gardes, Jardin sous le givre, roman,
éditions aden, 2007.



Lecture d’Angèle Paoli



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Ph., G.AdC






LUCIE, DE LUMIÈRE ET D’OMBRE


Tout se passe le temps d’un week-end, d’un vendredi soir au lundi matin. Un temps resserré à l’extrême qui se distend samedi–dimanche, le temps de quelques retours en arrière sur les passés parallèles de l’enfance. Celui que David, le héros de Jardin sous le givre, savoure avec délices et nostalgie ; celui que Lucie, sa femme, se refuse à entretenir. Dans le treillage du temps s’insèrent les circonstances de leur rencontre tandis que sous le silence uniforme du jardin de givre s’ourdit pour David le temps de la séparation.
Comment David et Lucie en sont-ils arrivés à ce point de non-rencontre qui les force à s’exacerber l’un l’autre ? Au-delà des différences originelles et des dissensions, ce que la plainte en demi-teinte de David révèle, c’est la fêlure de Lucie, ce mal étrange qui la ronge et creuse en elle une faille douloureuse que le jeune homme ne peut parvenir à combler. Peu à peu, tout au long de ces quatre jours figés par la neige, qui anesthésie formes et sentiments, David s’achemine vers la résolution douloureuse mais nécessaire de la séparation. Dans le froid immobile mais vivant du petit matin, David abandonne Lucie à la part d’ombre qui l’habite depuis des mois. À son continent noir et peut-être à sa disparition.
Placé sous l’égide de Platon et de son Timée, ce roman d’une extrême concision renvoie à un univers féminin où la femme, assujettie à sa nature matricielle, demeure incontrôlable, inaccessible. Quelle part de liberté reste-t-il à la femme ? Telle est la question que je me suis posée tout au long du récit. Un récit au style sobre et cruel sur la déliquescence progressive d’un couple. Un récit triste et beau comme un jardin sous le givre.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






LE BONHEUR NE SERAIT-IL QU’UN GOÛT DE CAFÉ BRÛLANT ?


Dimanche matin

La neige est tombée toute la nuit. Il est déjà tard quand David se réveille. Félix s’étire en même temps que lui. Dehors tout est blanc. Le soleil n’a pas encore eu le temps de faire fondre la couche épaisse qui recouvre les arbres et le paysage a perdu les arêtes vives de la veille, lorsqu’il était pris dans le givre. Il est paisible. Les lignes des haies, les bosses du pré se sont atténuées et fondues dans la blancheur. Toute aspérité s’est effacée. David espère que c’est la page vierge où va s’inscrire une autre histoire. Il ne sait ce qu’elle sera, aucun désir n’en dessine les contours, mais il attend avec confiance. La fébrilité qu’il a toujours ressentie devant la neige est cette fois impatience devant le pressentiment d’une vie nouvelle.
Il se lève et Félix saute du lit derrière lui. La maison est froide, d’un froid qui aiguise son excitation. Pendant que le chat mange avidement et que le café se prépare, il allume un grand feu dans la cheminée du salon. La maison lui appartient, comme la veille au soir. Assommée par l’alcool, Lucie dormira sans doute la plus grande partie de la journée. Il goûte son absence et se détend, délivré de l’inquiétude habituelle. C’est comme s’il l’avait mise entre parenthèses. Il parle tout haut à Félix, « Tu vois, on ne possède les autres que quand ils ne sont plus là et qu’ils ne peuvent plus modifier l’image que nous voulons conserver. »
L’odeur du café emplit la cuisine et le salon. Il déjeune devant le feu. « Le bonheur ne serait-il qu’un goût de café brûlant, une journée, une vie béantes devant soi ? »


Joëlle Gardes, Jardin sous le givre, Éditions Aden, 2007, pp. 77-78.






JOËLLE GARDES


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Source



■ Joëlle Gardes
sur Terres de femmes

« Les arcanes subtils d’une relation triangulaire » (La Mort dans nos poumons) [note de lecture d’AP + bibliographie]
Dans le silence des mots, poésie (note de lecture d’AP)
Et si la profondeur n’était que… (extrait de Dans le silence des mots)
L’Eau tremblante des saisons (lecture de Françoise Donadieu)
Louise Colet Du sang, de la bile, de l’encre et du malheur (note de lecture d’AP)
[Le regard tourné vers l’intérieur ou l’ailleurs] (extrait de La Lumière la même)
[Matinée de printemps précoce](extrait de L’Eau tremblante des saisons)
Méditations de lieux (note de lecture d’AP)
Ostinato e chiaroscuro (Ruines) [note de lecture d’AP + extrait]
Jardins de toute sorte (extrait de Sous le lichen du temps)
[Tota mulier in utero] (extrait d’Histoires de Femmes)
31 mai 1887 | Naissance de Saint-John Perse (Joëlle Gardes, Saint John-Perse, Les rivages de l’exil, biographie)
Trentième anniversaire de la mort de Saint-John Perse/20 septembre 1975 (chronique de Joëlle Gardes)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes)
Hôpital



■ Voir aussi ▼

le site de Joëlle Gardes
→ (sur Terres de femmes)
7 mai 1748 | Naissance d’Olympe de Gouges (note de lecture sur Joëlle Gardes, Olympe de Gouges, Une vie comme un roman)







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