TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

16 juin 1966 | Pierre Jean Jouve | Grand Prix de poésie de l’Académie Française

Publié le :

16 juin 2007

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours


Il y a cinquante-quatre ans, le 16 juin 1966, l’œuvre poétique de Pierre Jean Jouve était consacrée par le Grand Prix de poésie de l’Académie Française.







Drectiles_seins_puissants
Ph., G.AdC







À L’AUTRE MONDE



Qu’il fait beau
Sur ces plateaux de déserts et de charmilles
Dans la désolation blessée des antres verts !
Qu’il est doux
De sentir la main savoureuse du ciel
Fouiller la place vide où se trouvait le cœur.

Là-bas des splendeurs de murailles
S’envolent les oiseaux frais
Trop velours pour être supportables
Qui résonnent des plis
D’un ciel gros bleu tout opulent de rayons morts.

Adorable ruban que la chair se déroule
Elle est morte ! et ruban d’infinis ornements
Des buissons de sexes blonds sur des vierges
Des membres mâles sur les flancs des femmes
Partout d’érectiles seins puissants
Font escorte dans la pleine lumière des allusions.

Moi qui courus d’un pied malheureux et tout nu
Je vois son œil qui ouvre la paupière de ton cœur.




Pierre Jean Jouve, « Hélène », Matière céleste [1964], Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1995, page 101.






PIERRE JEAN JOUVE, LA FIN DU PURGATOIRE ?


Jusqu’à ces dernières années, Pierre Jean Jouve (1887-1976) faisait encore figure de poète maudit. Tout comme ses maîtres symbolistes du siècle passé (à l’exception de Mallarmé qui, lui, n’a jamais connu les « Enfers »), Pierre Jean Jouve ne faisait pas partie du cercle des poètes honorés par la gent critique. On aurait presque pu dire qu’il n’était pas en odeur de sainteté. La spiritualité ayant très mauvaise presse dans les temps de matérialisme désenchanté qui ont été les nôtres au cours des dernières décennies.

Pierre Jean Jouve est enfin redécouvert, mais il est vrai que sa poésie n’est pas d’un accès facile et que le poète s’est toujours tenu à distance des foules et des modes, dans un silence choisi : « La poésie est soumise à une secrète interdiction », proclama un jour le poète. C’est que, pour Jouve, la Poésie a quelque chose à voir avec le mystère qui dépasse l’homme. Elle se réclame d’une haute exigence qui va l’amble avec une recherche incessante de la vérité. Loin de se satisfaire des jeux ordinaires du langage et du divertissement, elle est au contraire « l’expression des hauteurs du langage » (En miroir, 1954).

La crise morale qui secoue gravement Pierre Jean Jouve en 1926, le conduit à renier son œuvre passée. Séparation d’avec les poèmes de jeunesse, d’inspiration symboliste, parus dès 1906 dans Les Bandeaux d’or. Revue dont il a été le fondateur. Prise de distance également avec les groupes de poètes dont il a subi un temps l’influence. Pourtant demeurent en lui des figures tutélaires puissantes : Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé. Mais aussi Le Tasse, William Blake, Hölderlin, Novalis et Mozart. Et, parmi les poètes contemporains, Eugenio Montale et Giuseppe Ungaretti, dont il a été le traducteur. Forces bienveillantes, salvatrices. Qui tirent le poète vers l’azur.

La découverte de la psychanalyse, grâce à sa rencontre avec Blanche Reverchon, conduit aussi Pierre Jean Jouve à approfondir la connaissance qu’il a de lui-même et à s’interroger sur la double perspective du freudisme et du mysticisme. Deux dimensions constitutives de sa personnalité. Qui se construit sur la figure trinitaire « Inconscient, Spiritualité, Catastrophe », énoncée dans l’avant-propos de Sueur de sang (1933). À quoi il convient d’ajouter « La Voix, le Sexe et la Mort », qui donnent les clés de Proses (1960). Mais aussi de l’œuvre tout entière, dont Hécate et Paulina 1880.

Chez P. J. Jouve s’entrecroisent des réseaux de forces antagonistes. Une quête insatiable où l’érotisme violent n’a d’égal qu’une angoisse mystique que rien ne parvient à apaiser. Dans la poésie de Jouve, savante architecture, s’érige l’image de l’homme solitaire qui cherche, « par-delà les regards usés et les faces d’ennemis », le but ultime. « La sainte Indifférence ».


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli




PIERRE JEAN JOUVE


Jouve





■ Pierre Jean Jouve
sur Terres de femmes


[Les soleils disparus](poème extrait d’Inventions)
La Femme et la Terre (autre poème issu de « Hélène », Matière céleste)
Friedrich Hölderlin, Tinian, in Pierre Jean Jouve, Poèmes de la Folie de Hölderlin
11 octobre 1887 | Naissance de Pierre Jean Jouve (article sur Paulina 1880 + extrait)
La rencontre Hölderlin-Jouve-Klossowski par Béatrice Bonhomme et Jean-Paul Louis-Lambert




■ Voir aussi ▼


le site Pierre Jean Jouve de Béatrice Bonhomme et Jean-Paul Louis-Lambert





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3 réponses à “16 juin 1966 | Pierre Jean Jouve | Grand Prix de poésie de l’Académie Française”

  1. Le hasard a voulu que je termine de visionner Laurent Hilaire et Isabelle Guérin, tout à l’heure, dans l’enregistrement du Parc à Bastille (avril 1999) — chorégraphie de Angelin Preljocaj, création sonore de Goran Vejvoda et musique de Mozart.

    L’inspiration est baroque, la lecture française et le parti pris cinématographique tout à fait novateur sur le plan filmique : à écouter les yeux grand ouverts, avant ou après avoir lu P J. Jouve, Lafayette, Scudéry …

    amicalement.

  2. All’altro mondo

    Bello sugli altopiani di deserti e pergolati
    Nella desolazione ferita di antri verdi !
    Dolce sentire la mano delicata del cielo
    Frugare il posto vuoto del cuore.

    Laggiù splendore di muri
    Uccelli freschi che volano
    Troppi velluti da sopportare
    Risuonano delle pieghe di un cielo
    pesante blu rigurgitante raggi morti.

    Adorabile nastro di carne si distende
    È morta ! e nastri d’infiniti ornamenti
    Arbusti di sessi biondi su vergini
    Membri maschili su fianchi di donne
    Ovunque erettili seni potenti
    Fanno scorta nella piena luce delle allusioni.

    Io che corsi infelice e nudo vedo
    Il tuo occhio che apre la palpebra del tuo cuore.

  3. Mi piace ciò che dici Angèle su Jouve e come lo dici, sempre con grande attenzione al contesto storico… Jouve in Italia è pressocché sconosciuto e a quanto sento in Francia oscurato, dimenticato… Dovremmo invece riaccostarci alla sua sapiente parola, a questa onesta e tormentata ricerca di verità proprio in tempi di grande materialismo come quelli che stiamo vivendo. L’intensa bellezza della sua poesia che come poche tra i contemporanei sa fondere la visione spirituale, mistica con la carnalità e l’erotismo più acceso ci riconduce al Mito,alle visioni primigenie, arcaiche che poi sono le più potenti, anche come dici giustamente, attraverso altri numi tutelari della poesia di ogni tempo.
    Grazie per questa riflessione che « ci conduce verso l’azzurro »

    r.

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