TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Claude Esteban | Suis-je

Publié le :

05 juin 2007

/

Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Les_rires_dune_femme_dans_lt
Ph., G.AdC







SUIS-JE



Suis-je
quelqu’un qui se regarde partir

et ne retrouve à ses côtés
que la poussière, ai-je perdu

la trace du soleil, une phrase
revient qui me servait jadis de guide

dès l’aube, je descends, je m’allonge
contre un caillou

le prodige
m’attendait là, ce jardin

que j’imaginais immense, les rires
d’une femme dans l’été

suis-je celui qui souhaite seulement
que son corps le quitte
et que les mots désertent le matin.




Claude Esteban, Si longtemps que le soleil décline in La Mort à distance, poèmes, Éditions Gallimard, Collection blanche, 2007, page 120.





■ Claude Esteban
sur Terres de femmes

Bleu, bleu surtout (extrait issu du même recueil)
Les ronces m’ont déchiré





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5 réponses à “Claude Esteban | Suis-je”

  1. Claude Esteban est un poète qui m’émeut profondément. Il est de ceux qui me donnent le plus intimement conscience du vivant du poème.

  2. Flap … pour un petit dépot en écho à « Suis-je » …

    Songe

    *

    Songe à nos pas légers
    S’enfonçant dans le sable
    Aux vagues qui couraient
    Racontées par la fable

    Songe aux rires chahutant
    A nos mains si fébriles
    De nos peaux se frôlant
    De désirs malhabiles

    Songe aux rêves entendus
    Par nos âmes chimères
    De sentiments perdus
    D’un amour delétère

    Songe à ces reflets bleus
    Avant qu’ils ne s’effacent
    Joyaux présents des Dieux
    Idéaux dans la nasse

    Songe aux éclairs de feu
    Dans mes yeux pleins de larmes
    A l’appel de tes voeux
    Aurore de tes armes

    Songe … et ne désespère

    *

    busard
    03/06/2007

  3. 1. En écho à Claude Esteban dans le Truinas de Philippe Jaccottet, Éditions La Dogana, 2004, p. 44. Il y fait allusion à des pages commencées et laissées en friches pendant trois ans…

         «  Si encore j’avais passé des jours à les reprendre, à les retoucher, à les varier, à les enrichir ! Non, ces jours, je les passais le plus souvent à m’en tenir éloigné, pour m’éviter les preuves de mes défaillances ; et nullement distrait par d’autres tâches qui m’auraient excusé.
        C’est tout juste si je pouvais noter, de temps en temps, à quel point je me sentais « défait » ; non pas « déchiré », mais « défait ».
        Embarrassé aussi, comme jamais, devant ce qu’il me semblait toujours indispensable de cerner.
        Embarrassé, défait, dégoûté quelquefois, mais avec un dernier reste d’opiniâtreté.
        Un autre jour me revenait à l’esprit ce vers d’un sonnet écrit par Gongora dans son grand âge ;
        « Caduco el paso ? Ilustrese el juïcio… »
    que j’avais traduit ainsi :
        « Caduc le pas ? Que l’esprit s’éclaircisse… » »

    2. Et aussi ce poème de Claude Esteban :

    « J’ai tout fait pour vivre
    sans ressentiment

    le malheur s’enivre
    des coeurs trop aimants

    il faudrait qu’on chasse
    l’unique menace

    est-il né le Prince
    qui dévoile tout

    moi dans mes provinces
    j’attends à genoux

    il faudrait qu’on dise
    la terre promise.  »

    Claude Esteban, Morceaux de ciel, presque rien, Gallimard, 2001, p. 175.

  4. Alessandro

    Oui Mth P. Ce je ne sais quoi de souverain aux heures déclinantes de la vie. La belle simplicité retrouvée, le dénuement d’une parole livrée comme une confidence …

    « Nous sommes là, nous traçons quelques mots sur une page, /…/ et ce geste de la main /…/ nous fait rejoindre un lieu hors de tout lieu où les morts en effet sont des présences proches et ceux qui ne sont pas nés encore, déjà comme des apparitions sur le seuil /…/ » (Claude Esteban, D’une couleur qui fut donnée à la mer).

    … Où il suffirait de fermer les yeux, en signe d’adieu …

  5. EN HOMMAGE A CLAUDE ESTEBAN
    et à l’occasion de la parution du
    Cahier Critique de Poésie n°13 (cipM)
    la librairie Tschann vous invite
    à une lecture à trois voix de son dernier recueil
    La Mort à distance (Gallimard)
    le jeudi 28 juin à 19H30
    avec Esther Tellermann, Jean-Baptiste Para et Xavier Bruel

    Tschann Libraire
    125 Bd Montparnasse
    75006 PARIS

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