TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

René Char | Juvénile devenir

Publié le :

13 mai 2007

/

Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Jimmortalise_le_pavot
Photocollage, G.AdC






JUVÉNILE DEVENIR


Libre cheval qui souffle sur mon champ,
Éveille le coquelicot, j’immortalise le pavot.


René Char, Juvénile Devenir in L’Accalmie, La Flûte et le Billot, I, Chants de la Balandrane [1975-1977], Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1983, page 553.






RENÉ CHAR


Renechar_manray
Ph. D.R.
Source



■ René Char
sur Terres de femmes

14 juin 1907 | Naissance de René Char
3 janvier 1952 | Lettre de Nicolas de Staël à René Char
Dame qui vive, c’est elle
La chambre dans l’espace
La frontière en pointillé
Souvent Isabelle d’Égypte



■ Voir aussi ▼

→ (sur TSR Archives)
un film de Michel Soutter tourné en 1967 chez René Char, à l’Isle-sur-la-Sorgue






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4 réponses à “René Char | Juvénile devenir”

  1. Emilie Delivré

    Les figues, l’été

    « Je veux les fruits
    sur le figuier »
    mais il faudra attendre
    la fin de l’été
    et la maturation
    d’un autre messager
    de ses autres messages
    à un âge
    où l’été a passé
    sur nos peaux
    et sur la courbe de nos pieds.
    Il faudra parcourir
    mille pages, au moins,
    et les monts de Sicile,
    la courbe de nos reins
    et l’ombre de nos cils
    et lorsque tout sera plein
    prêt d’imploser
    tu pourras cueillir
    sur la pointe des pieds
    les fruits du figuier
    à la fin de l’été.

  2. nobody

    René Char m’accompagne depuis quelques décennies. Il reste cependant parfois si fermé que je désespère…
    Il est de ces êtres profonds, toujours très présents, qui nous traversent et laissent des traces multiples de leur passage. Des questionnements, des fulgurances sublimes. Sa lecture nous convie à abandonner nos mots-dépouilles, à suivre une parole envolée que rien ne peut asphyxier. Surtout pas la disparition de leur auteur.

    « Rien ne m’obsède que la vie « 

  3. Emilie:
    Je me souviens de la blondeur « spigolosa » des terres de Sicile. La paume de ma main épouse les courbes douces dorées par l’été. Le regard caresse à perte de vue les vallonnements que quelques eucalyptus à peine viennent ombrager, de loin en loin. De loin en loin aussi, le moutonnement paisible d’un troupeau. Soudain un nid d’aigle. Un village fondu dans la rocaille, tenu en suspens entre ciel et terre, sur les cils d’un ravin.

    Nobody: Je me demande parfois si l’hermétisme n’est pas la garante de la poésie. Résistance, résistance.
    J’ouvre Char au hasard et je tombe sur ce texte des Feuillets d’Hypnos (222), dans Fureur et mystère. Le voici:

    « Ma renarde, pose ta tête sur mes genoux. Je ne suis pas heureux et pourtant tu suffis. Bougeoir ou météore, il n’est plus de coeur gros ni d’avenir sur terre. Les marches du crépuscule révèlent ton murmure, gîte de menthe et de romarin, confidence échangée entre les rousseurs de l’automne et ta robe légère. Tu es l’âme de la montagne aux flancs profonds, aux roches tues derrière des lèvres d’argile. Que les ailes de ton nez frémissent. Que ta main ferme le sentier et rapproche le rideau des arbres. Ma renarde, en présence des deux astres, le gel et le vent, je place en toi toutes les espérances éboulées, pour un chardon victorieux de la rapace solitude. »
    René Char, Feuillets d’Hypnos (222) in Fureur et mystère, Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1983, p. 229.

  4. Emilie Delivré

    Je ne savais pas que le figuier faisait partie de vos T(r)opiques, Angèle! Je le découvre maintenant, au coeur d’une longue liste, en même temps que la Madonna del Parto, la figure qui, selon moi, représente la féminité totale, incarnée en même temps que spirituelle: femme-mère, femme-amante, femme-sainte, femme-femme, enfin!

    Monterchi, Monterchi, près du sépulcre saint…

    Je me souviens de demain

    Je me rappelle
    Dans l’avenir
    De ces deux mains

    J’en avertis le souvenir
    Qui s’assouplit
    Dans le creux du ravin

    Je me souviens de demain
    Et je vois le troupeau
    Futur
    Et le nid d’aigle
    Qui moutonne

    Au début de l’automne

    Je l’aurai vu !
    Je l’avais su !

    O, souvenir
    Du devenir
    Chant
    Pur
    Et à perte de vue

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