TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

René Char | Souvent Isabelle d’Égypte

Publié le :

26 décembre 2005

/

Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Ne_brode_pas_dans_le_brouillard
Ph, G.AdC





SOUVENT ISABELLE D’ÉGYPTE


« Ton partir est un secret. Ne le divulgue pas. Durant
que roule le gai tonneau du vent, chante-le.

Affronte Estropios tant qu’il sue.

Fine pluie mouche l’escargot.

La source a rendu l’ajonc défensif en le tenant éloigné
du jonc. Ne fais pas le fier, rapproche le premier du second.

Lit le matin affermit tes desseins. Lit le soir cajole ton espoir, s’il fuit.

Ne brode pas dans le brouillard.

L’angle de l’oreiller se moque de la tête.

Compte huit bracelets à l’araignée, et une calotte en or. »


René Char, La Flûte et le Billot, I, Chants de la Balandrane (1975-1977), La Flûte et le Billot I. Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1983, page 551.





RENÉ CHAR

Renechar_manray
Ph. D.R.
Source

Voir aussi :
– (sur Terres de femmes) René Char/Dame qui vive, c’est elle ;
– (sur Terres de femmes) René Char/
Juvénile devenir ;
– (sur Terres de femmes) René Char/
La chambre dans l’espace
– (sur Terres de femmes) René Char/
La frontière en pointillé ;
– (sur Terres de femmes)
19 février 1988/Mort de René Char ;
– (sur TSR Archives)
un film de Michel Soutter tourné en 1967 chez René Char, à l’Isle-sur-la-Sorgue.



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7 réponses à “René Char | Souvent Isabelle d’Égypte”

  1. Magnifique site, je me suis arrêtée sur René Char dont j’ai entendu un poème sur France Inter cet après-midi… Mais il n’est pas ici. J’ai au moins pu lire ici avec intérêt et découvrir René CHAR dont je ne connaissais rien.
    J’ai ajouté sur mon site un lien en copiant deux poèmes. Merci pour cette découverte…

  2. Merci, Sylvie, pour cette visite. Le poème que vous avez entendu était-il dit par René Char lui-même ? Dans ce cas, il est fort probable qu’il commence ainsi :

     » Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. […]  »

    Si vous voulez à nouveau entendre la voix de René Char, cliquez ICI.

    Très amicalement,

    Angèle

  3. Serge Venturini

    Plus que jamais, il faut parler de la Résistance de la poésie, tu as raison Anghjula, « Stehen » disait Paul Celan, « se tenir debout » ! Non, René Char n’est pas « fermé », noué tout au plus, oraculaire certes, mais comme Héraclite, Empédocle ou Parménide. C’est un poète-philosophe qu’il faut sans cesse aimer, c’est-à-dire lire et relire sans relâche, habiter donc. Il ne désespère pas, à rebours il ouvre des chemins.

    « Dure, nous enjoignait-il, afin de pouvoir encore mieux aimer un jour ce que tes mains d’autrefois n’avaient fait qu’effleurer sous l’olivier trop jeune. » (Le Bouge de l’historien, in Seuls demeurent, Fureur et Mystère Pléiade, p. 145)

    Son livre emblématique, Feuillets d’Hypnos, demeure l’une des cimes les plus hautes de la poésie du XXe siècle. C’est un grand livre de RÉSISTANCE pour tous ceux qui désespèrent dans le nihilisme d’aujourd’hui où les félons sont à l’honneur, où celui qui trahit est tout auréolé de gloire. Je ne citerai pas de noms…

    Et résister se conjugue au présent !

  4. Cher Serge,

    « …où les félons sont à l’honneur ».

    Vous rappelez-vous cette phrase d’André Thérive que tous les apprentis Ganelons devraient encadrer ?

    « La trahison ? Ce n’est qu’une question de date. »

    Bien amicalement

  5. Serge Venturini

    En réponse, cher Yves, deux FULGURiANCES inédites

    209

    Insurgé pris en otage par l’éternité,
    même le temps ne peut te tenir longtemps captif.

    210

    « Éloge » du félon : – celui qui trahit est auréolé de gloire,
    l’être d’honneur retourne manger le pain sec et l’oignon frais de la dignité.

    Amicizia

  6. Emilie Delivré

    Il est aussi des résistances plus modestes, même sans guerre et sans occupation. Il s’agit d’ « écrire debout », selon la belle expression de Michel Tournier. Ecrire debout, c’est avant tout ne pas se trahir soi-même, une valeur ( s’il en est) intemporelle.

    A propos d’oignon, fruit digne et tragique, la berceuse de l’oignon de Miguel Hernandez, dédiée à son enfant et en réponse à une lettre de sa femme où elle lui disait n’avoir que pain et oignon pour le nourrir.

    NANAS DE LA CEBOLLA

    La cebolla es escarcha
    cerrada y pobre.
    Escarcha de tus días
    y de mis noches.
    Hambre y cebolla,
    hielo negro y escarcha
    grande y redonda.
    .
    En la cuna del hambre
    mi niño estaba.
    Con sangre de cebolla
    se amamantaba.
    Pero tu sangre,
    escarchada de azúcar,
    cebolla y hambre.
    .
    Una mujer morena
    resuelta en luna
    se derrama hilo a hilo
    sobre la cuna.
    Ríete, niño,
    que te traigo la luna
    cuando es preciso.
    .
    Alondra de mi casa,
    ríete mucho.
    Es tu risa en tus ojos
    la luz del mundo.
    Ríete tanto
    que mi alma al oírte
    bata el espacio.
    .
    Tu risa me hace libre,
    me pone alas.
    Soledades me quita,
    cárcel me arranca.
    Boca que vuela,
    corazón que en tus labios
    relampaguea.
    .
    Es tu risa la espada
    más victoriosa,
    vencedor de las flores
    y las alondras
    Rival del sol.
    Porvenir de mis huesos
    y de mi amor.
    .
    La carne aleteante,
    súbito el párpado,
    el vivir como nunca
    coloreado.
    ¡Cuánto jilguero
    se remonta, aletea,
    desde tu cuerpo!
    .
    Desperté de ser niño:
    nunca despiertes.
    Triste llevo la boca:
    ríete siempre.
    Siempre en la cuna,
    defendiendo la risa
    pluma por pluma.
    .
    Ser de vuelo tan lato,
    tan extendido,
    que tu carne es el cielo
    recién nacido.
    ¡Si yo pudiera
    remontarme al origen
    de tu carrera!
    .
    Al octavo mes ríes
    con cinco azahares.
    Con cinco diminutas
    ferocidades.
    Con cinco dientes
    como cinco jazmines
    adolescentes.
    .
    Frontera de los besos
    serán mañana,
    cuando en la dentadura
    sientas un arma.
    Sientas un fuego
    correr dientes abajo
    buscando el centro.
    .
    Vuela niño en la doble
    luna del pecho:
    él, triste de cebolla,
    tú, satisfecho.
    No te derrumbes.
    No sepas lo que pasa ni
    lo que ocurre.

  7. Serge Venturini

    Il y a très peu de traductions de Miguel HERNANDEZ en langue française. Personne ne s’y colle sérieusement. L’argument des traducteurs : – c’est intraduisible !
    C’est l’un de mes poètes préférés. J’aime sa sensualité solaire… et tant d’autres choses !

    « Dans mes mains je déclenche un orage
    de pierres, de foudres et de haches stridentes,
    assoiffé de catastrophes et dévorant. »
    « El rayo que no cessa, 1936 » (tiré de sa belle Elégie à Ramon Sijé) Un chef-d’oeuvre !

    Si quelqu’un a des informations sur d’exigeantes traductions, – merci de les communiquer.

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