TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

18 octobre 1901 | « La Belle Otero » à l’Olympia

Publié le :

18 octobre 2006

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours


Le 18 octobre 1901, Agustina Otero Iglesias, dite Caroline Otero ou « La Belle Otero », fait sa rentrée à l’Olympia dans le rôle de la gitane Mercedes pour Une fête à Séville. Une pantomime en un acte de René Bréviaire sur une musique de Georges Palicot, avec l’acteur Paul Franck dans le rôle du toréador. Cette pièce fut créée pour la première fois au Théâtre Marigny en septembre 1900, en pleine Exposition universelle.







Carolina_otero
Image, G.AdC







Née à Valga (Galice) le 4 novembre 1868, fille naturelle d’une gitane qui la jette, enfant, à la rue, Agustina Otero, dite aussi Lina, fait ses débuts dans les cabarets de Barcelone dès l’âge de quatorze ans. Puis, après un passage par Marseille, elle monte tenter sa chance à Paris, en mars 1889, quelques jours avant l’inauguration de l’Exposition universelle (2 avril). Et embrase les planches des music-halls, dont celles de l’Olympia, établissement dont elle a été le symbole pendant dix ans. Sa beauté fatale de belle étrangère lui vaut les jalousies de ses rivales. Parmi lesquelles la Carmencita, mais aussi les trois autres grâces de la Belle Époque : Liane de Pougy, Cléo de Mérode et Émilienne d’Alençon.


Amie de Colette (qui la dépeint dans Mes apprentissages*), la « Belle Otero » met tous les hommes à ses pieds. Les plus grands noms de la Belle Époque se disputent ses déshabillages et ses faveurs. À leurs risques et périls. Depuis les rois – Edouard VII d’Angleterre, Alphonse XIII d’Espagne, Leopold II de Belgique,… -, jusqu’aux banquiers et multimillionnaires américains, qui la couvrent d’or. Et le président du Conseil Aristide Briand, son amant le plus constant. À l’âge de 40 ans, en pleine gloire, elle décide de quitter la scène. Elle s’installe à Nice et hante les casinos de la Côte d’Azur. Elle se déleste de son immense fortune sur les tables de jeux, et meurt seule, dans l’ombre et dans l’indigence, dans sa chambre meublée de l’hôtel Novelty, à l’âge de quatre-vingt-seize ans, le 10 avril 1965. Qui se souvient vraiment aujourd’hui de « La Belle Otero », hors quelques hagiographes et nostalgiques de la Belle Époque ?


« Par son intransigeance et son goût de la liberté », la Belle Otero incarne pourtant (comme le souligne Laure Adler) « l’un des destins les plus scandaleux du siècle passé ». Et les plus hors norme et fascinants.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli




* « Mme Otero, qui se vantait, vraisemblablement d’un sang hellène, avait le cou bien attaché, le profil buté de mainte statue grecque, et montrait des mains, des pieds, dénués de la voltigeante petitesse espagnole. Entre les grappes de ses cheveux vigoureux, son petit front de brebis demeurait pur. Le nez et la bouche de Lina, les photographies de Reutlinger vous le diront cent fois, étaient des modèles de construction simple, de sérénité orientale. Des paupières bombées au menton gourmand, du bout du nez velouté à la joue célèbre et doucement remplie, j’oserai écrire que le visage de Mme Otero était un chef-d’œuvre de convexité. » (Colette, Mes apprentissages, Romans, récits, souvenirs [1920-1940], tome II, Collection Bouquins, 1989, p. 1206)





■ Voir aussi ▼

un article de Ray Hahn : La Belle – « The Beautiful » – Everyone Called Her That
→ (sur le site du Monde diplomatique)
Journal intime de la Belle Otéro, par Pierre Lepape (note de lecture sur la monographie de Ramòn Chao)
deux ouvrages sur La Belle Otero :

▪ Ramòn Chao,
La Passion de Caroline Otero, Plon, 2002.
▪ Javier Figuero et Marie-Hélène Carbonel,
La Véritable Biographie de La Belle Otero et de la Belle Epoque, Editions Fayard, 2003.
▪ mais aussi : Liesel Schiffer, Femmes remarquables du XIXe siècle, Vuibert, 2008. Préface de Jean Tulard.



Daniel Mermet a consacré une émission radiophonique à la Belle Otero (émission de 54 min 04, diffusée pour la première fois sur France Inter le 12 septembre 2002, et rediffusée le 31 mai 2004). Cette émission est disponible sur le site
Là-bas si j’y suis. Il est aussi possible de l’écouter sur Netlex News.
[j’ai noté que, dans cette émission, il est signalé à deux reprises que la Belle Otero est née en 1886. Non c’est bien en 1868 qu’elle est née]
.



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5 réponses à “18 octobre 1901 | « La Belle Otero » à l’Olympia”

  1. Francis Blaise

    Je suis à la recherche de tous documents sur Caroline Otero, dite la Belle Otero.
    Pourriez-vous avoir l’amabilité de m’aider ?
    Merci beaucoup
    Cordialement
    Francis Blaise

  2. Bonjour Francis,

    J’ai pris l’initiative de transférer votre commentaire de « René Char/Juvénile devenir » à « 18 octobre 1901/« La Belle Otero » à l’Olympia ». Vous trouverez ci-dessus toutes les pistes de travail que vous recherchez.

    Bien cordialement

  3. Du 4 novembre au 14 novembre 2008, Pierre Cardin présentera chez Maxim’s une sélection de 50 portraits de la Belle Otero :
    Maxim’s
    3, rue Royale
    75008 Paris
    Tel : +33 (0)1 42 65 30 47

  4. 8 janvier 2010
    L’émission de Patrice Gélinet (France Inter) sur « La Belle Otero » (rediffusion de l’émission 2000 ans d’histoire du 8 septembre 2008) peut être écoutée en cliquant ICI.

  5. Christiane

    Cette émission est vraiment captivante. Quel destin et quelle complexité ! Cette femme aux bijoux et aux princes, cette beauté envoûtante, dit-on, qui a serti ses rêves comme une pierre précieuse entre une enfance pauvre et une vieillesse solitaire et désargentée. Au fond, elle s’est payée son rêve en le détestant, un soufflet donné à la richesse comme un pari… je crois qu’elle devait être détachée de son corps qu’elle a vendu comme monnaie provisoire d’échange contre la misère. Mais cette richesse elle l’a dilapidée, indifférente, dans les casinos… beau personnage dostoïevskien, un Raskolnikov, altier et fier, sombre et triste qui s’ennuyait. Elle aussi a essayé d’éprouver les limites de sa liberté par la pratique de la transgression, être une prostituée de luxe qui a ruiné ses amants…Mais elle ne semble pas avoir trouvé la lumière au bout de son périple, sa Sibérie ? cet hôtel modeste où elle a fini sa vie, ignorée et amère. Merci pour ce beau moment de radio si intelligent et émouvant.

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