TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Sylva Kapoutikian | La lamentation des pierres

Publié le :

11 octobre 2006

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Poli
Ph. Jean-Philippe Poli





LA LAMENTATION DES PIERRES



Noires et sombres nos maisons pendant des siècles,
Tristes et pensives nos églises.
O pierres noires, O pierres noires
Pierres rongées par le deuil,
Vous étiez notre compagnie
Dans le désastre et dans le sang.
Et vous disiez tout bas ce que nos cœurs taisaient.
Seules amies au long d’un destin noir,
O croix de pierre sur les tombes,
Pierres des chapelles, pierres des temples,
Usées par les prières et les genoux des Arméniens
Pierres des cierges, noires, plus que noircies.
Dans la terre se cachaient des pierres de couleur
Pierres de joie, pierres de rire
Comme une braise de vermeil parmi la cendre
Comme l’espoir au creux des cœurs.
Pierre de pourpre et d’incarnat,
Pierres, O fleurs épanouies,
Apothéose ensevelie pendant des siècles,
O prisonnières de la terre,
Vous avez jailli du fond des cœurs anciens
Et vous resurgissez, déchirant l’ombre noire
Vous dressez nos colonnes
Vous vous changez en voûtes d’arc-en-ciel
Vous souriez, fleurs éternelles
Aux hommes et à la lumière.
Sur quelle terre existe-t-il autant de vie
Tant de couleurs et tant de joie
Enfouies dans la vieille prison des millénaires ?
J’ai foi dans l’avenir de mon peuple.



Sylva Kapoutikian, Méditation à mi-chemin, 1961, in Poésie arménienne, Anthologie des origines à nos jours, réalisée sous la direction de Rouben Melik, Paris, Les Editeurs Français Réunis, 1973 (édition épuisée *).






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Nina Yegiazaryan, Femme d’Arménie
Source






NOTICE BIO-BIBLIOGRAPHIQUE


Sylva (ou Silva) Kapoutikian
[кЗЙні ОіебхпЗПЫіЭ], née le 20 janvier 1919 à Erevan et morte dans la même ville le 25 août dernier, en Arménie libre et indépendante, a été une poète très populaire en Arménie, du temps où celle-ci était encore soviétique. Son premier recueil, Avec les jours, a vu le jour en 1944. Par la suite, elle a notamment publié, parmi une soixantaine d’ouvrages, Au bord du Zangou (1947), Mes Intimes (1951), recueil qui lui a valu en 1952 le Prix d’Etat de l’Union Soviétique, Conversation à cœur ouvert (1955), Bon voyage (1957) et Méditation à mi-chemin (1961).


* Une autre anthologie de la poésie arménienne (réalisée sous la direction de Vahé Godel) a paru en 1990 aux éditions de La Différence. Cette anthologie a fait l’objet, en 2006, d’une nouvelle édition (revue et augmentée) chez le même éditeur (La Poésie arménienne du Ve siècle à nos jours).
Une anthologie de la poésie arménienne contemporaine (Avis de recherche) a également été publiée en 2006 aux éditions Parenthèses dans la collection Diasporales. Poèmes choisis et traduits par Olivia Alloyan, Stéphane Juranics, Krikor Beledian et Nounée Abrahamian. Anthologie dirigée et coordonnée par Stéphane Juranics et Olivia Alloyan. Voir à ce sujet l’article paru dans La Quinzaine littéraire, n° 936 (16-31 décembre 2006).





■ Voir aussi ▼

→ (sur Terres de femmes)
Violette Krikorian | Autoconfirmation





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7 réponses à “Sylva Kapoutikian | La lamentation des pierres”

  1. Guidu

    A propos des vieilles pierres d’Arménie, je vous invite à visiter le remarquable site Internet : virtualANI.
    A partir de la carte d’accueil, en cliquant sur le lieu de votre choix, vous voyagerez (en anglais) parmi les monuments de ANI, la capitale de l’ancien royaume d’Arménie !

    Amicizia
    Guidu _____

  2. Venturini

    Quand les Turcs présenteront-ils un visage un peu plus « démocratique » face à la communauté des peuples qui souhaitent vivre en paix sur la Terre parmi les autres peuples ?
    Sylva Apoutikian voulait cela, attendait cela, elle ne put voir cela !
    Et nous, verrons-nous un jour les négationnistes emprisonnés, les génocidaires pourchassés ?
    Le verrons-nous, dites-moi, vraiment, le verrons-nous ?

  3. carissima grazie! prima ho scritto ma interrotta la connessione.. boh! ti dicevo che ho stima immensa di te.. ci staresti a partecipare ad un evento su cui sto lavorando intorno all’idea di sappho_poetessa? inviterei poeti e fotografi per poi erssere delineati da miei fogli colorati.. vorrei anche invitare guidu.. fammi sapere.. è per poche selezionate persone creative..
    roberto matarazzo

  4. ma chère Angèle il y a bien longtemps que je ne t’ai pas rendu visite…
    maintenant… une minute avant d' »aller au dodo »…
    j’entre et j’y trouve…le très émouvant poème de Sylva Kapoutikian
    – poétesse que je ne connaissais pas –
    (merci donc à l' »un de tes fidèles lecteurs » et à toi
    de nous l’avoir transmis!)
    …c’est un signe, peut-être…
    Orham Pamuk, l’écrivain turc qui a eu le courage de reconnaître le génocide des Arméniens et des Kurdes par les Turcs pendant la 1ère Guerre mondiale, a reçu aujourd’hui le prix Nobel !
    Puisse cela être aussi un hommage à Sylva ?
    Elle le voit, je crois… je l’espère…

    je vous embrasse tous amicalement, franca

  5. Pascale

    En ce vendredi 13, petit clin d’oeil malicieux en forme de tanka….
    Amitiés à tous,

    « J’aimerais avoir une boule cristal
    je la poserais devant moi
    j’aurais de quoi penser »

    Ishikawa Takuboku, L’Amour de moi, Ed. Arfuyen, Orbey, 2003

  6. Webmestre de Tdf

    L’un de nos lecteurs (Serge Venturini) vient de nous signaler la mort de Rouben Melik (voir ci-dessus).
    Ci-après un lien vers l’article de Jean-Baptiste Para paru dans L’Humanité du 23 mai 2007.

  7. Serge Venturini

    Une de nos traductions d’un poème de Nahapet Koutchak, trouvère du Moyen Âge arménien, chantre de l’Amour, pour la mort de Rouben Mélik le Résistant, lui qui aimait tant Koutchak.

    ― Tes yeux comme la mer, dressée aux portes de l’Egypte,
    Ta chevelure ondoyant, les flots sous le vent.
    Elancée et déliée telle une printanière tige,
    Croquante et ronde pareille à une pomme écarlate,
    Une rose de Kafour ― radieuse et rayonnante,
    Avec ta fragrance, tu embaumes la terre, le monde.

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