TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

18 juillet 1374 | Mort de François Pétrarque

Publié le :

18 juillet 2006

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



Petrarque_
Image, G.AdC






Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1374, François Pétrarque, surpris par une fièvre inattendue, meurt. À Arquà, dans les monts Euganéens, où il s’était retiré avec sa fille. Il venait de travailler toute la journée sans relâche à la remise en ordre des Rimes. Ces Poésies éparses (Rime disperse), qu’il considérait comme des pièces inabouties, des ébauches de poèmes, qui ne pouvaient figurer dans le recueil du Canzoniere.

Ainsi de ce sonnet aux accents « maniéristes » qui met en scène, sur le mode champêtre, trois jeunes femmes surprises, dans leur débat sur l’amour, par l’indiscrétion du poète. À la « quaestio » d’amour (située dans les deux tercets) succède la pointe finale du dernier vers, rapide, unique et péremptoire. Une flèche propre à désarçonner l’intrus.





INTORN’AD UNA FONTE


Intorn’ad una fonte, in un pratello
Di verdi erbette pieno e di bei fiori,
Sedean tre angiolette, i loro amori
Forse narrando, ed a ciascuna ‘l bello

Viso adombrava un verde ramicello
Ch’i capei d’or cingea, al qual di fuori
E dentro insieme i dua vaghi colori
Avvolgeva un suave venticello.

E dopo alquanto l’una alle due disse
(com’io udi’): « Deh, se per avventura
di ciascuna l’amante or qui venisse,

Fuggiremo noi quinci per paura ? ».
A cui le due risposer : « Chi fuggisse,
Poco savia saria, con tal ventura ! »




AUTOUR D’UNE FONTAINE


Autour d’une fontaine, et dans un petit pré
Rempli d’herbette verte et de charmantes fleurs,
Étaient assises trois angelettes contant
Peut-être leurs amours; de chacune ombrageait

Le beau visage un vert rameau qui entourait
Leur chevelure d’or, tandis que tout autour,
Un petit vent suave entremêlait ensemble,
Dedans comme dehors, les deux jolies couleurs.

Au bout de quelque temps, l’une dit aux deux autres
(Comme je l’entendis) : « Si la fortune ici
Conduisait l’amoureux de chacune de nous,

Croyez-vous que la peur nous ferait nous enfuir ? »
Les deux autres alors firent cette réponse :
« Serait peu sage qui fuirait cette fortune ! »


Francesco Petrarca, Rime in Anthologie bilingue de la poésie italienne, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1994, pp. 295-296. Traduction de Danielle Boillet.




■ Pétrarque
sur Terres de femmes

6 avril 1327 | Pétrarque fait la rencontre de Laure
26 avril 1336 | Pétrarque, L’Ascension du Mont Ventoux



■ Voir | écouter aussi ▼

→ (sur Deezer) Liszt,
Sonetto del Petrarca N° 104 (Années de pèlerinage [Italie], Livre II), interprété par Lazar Berman



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