TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Gustave Roud | La poésie seule…

Publié le :

23 juin 2006

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Un secret bouleversant
Ph., G.AdC






LA POÉSIE SEULE…


« Je crois que l’homme au plein de sa vigueur et de sa force, et qui le sent assez pour ne pas douter de son regard, de son ouïe, est, à la lettre, un aveugle et un sourd. Je crois que seuls certains états extrêmes de l’âme et du corps : fatigue (au bord de l’anéantissement), maladie, invasion du cœur par une subite souffrance maintenue à son paroxysme, peuvent rendre à l’homme sa vraie puissance d’ouïe et de regard. Nulle allusion, ici, à la parole de Plotin : « Ferme les yeux, afin que s’ouvre l’œil intérieur. » Il s’agit de l’instant suprême où la communion avec le monde nous est donnée, où l’univers cesse d’être un spectacle parfaitement lisible, entièrement inane, pour devenir une immense gerbe de messages, un concert sans cesse recommencé de cris, de chants, de gestes où tout être, toute chose est à la fois signe et porteur de signe. L’instant suprême aussi où l’homme sent crouler sa risible royauté intérieure et tremble et cède aux appels d’un ailleurs indubitable.
De ces messages, la poésie seule (est-il besoin de le dire ?) est digne de suggérer quelque écho. Souvent elle y renonce en pleurant, car ils sont presque tous balbutiés à la limite de l’ineffable. Elle s’éveille de sa connaissance, les lèvres lourdes encore de paroles absentes ou folles qu’elle n’ose redire – et qui contiennent la vérité. Ou si elle ose les redire, c’est qu’elle semble avoir oublié leur origine, leur importance. Elle divulgue en deux vers un secret bouleversant, puis se taît. »


Gustave Roud, « Bouvreuil », in Air de la solitude [1945], in Gustave Roud par Philippe Jaccottet, Seghers, Collection Poètes d’aujourd’hui, 1968, rééd. 2002, pp. 128-129.





■ Gustave Roud
sur Terres de femmes

Air de la solitude
Au-delà des fenêtres



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site de La Revue des ressources)
« Sur la poésie de Gustave Roud », par James Sacré (article paru dans Le Nouveau Recueil, n°68, septembre-novembre 2003)





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Une réponse à “Gustave Roud | La poésie seule…”

  1. voltuan

    Merci pour tous ces textes passionnants au possible ! Vous nous comblez vraiment… C’est quelque chose de rare et de précieux…

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