![]() Léon Bakst, Nijinski dans L’Après-midi d’un faune, 1912
L’Après-midi d’un faune [EXTRAIT] Églogue LE FAUNE Ces nymphes, je les veux perpétuer. Si clair, Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air Assoupi de sommeils touffus. Aimai-je un rêve ? Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais Pour triomphe la faute idéale de roses. Réfléchissons… ou si les femmes dont tu gloses Figurent un souhait de tes sens fabuleux ! Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste: Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste Comme brise du jour chaude dans ta toison ? Que non ! par l’immobile et lasse pâmoison Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte, Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte Au bosquet arrosé d’accords; et le seul vent Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant Qu’il disperse le son dans une pluie aride, C’est, à l’horizon pas remué d’une ride Le visible et serein souffle artificiel De l’inspiration, qui regagne le ciel. Stéphane Mallarmé, Poésies, Gallimard, Collection Poésie, pp. 58-59. |
| ■ Voir aussi ▼ → (sur le site du CNDP) une fiche très documentée sur ce spectacle → (sur le site de l’Université de Gand) le texte intégral de l’églogue de Stéphane Mallarmé |
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