TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

29 mai 1912 | Claude Debussy | Création de L’Après-midi d’un faune

Publié le :

29 mai 2006

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



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Léon Bakst, Nijinski
dans L’Après-midi d’un faune, 1912






Le 29 mai 1912 a lieu au théâtre du Châtelet, à Paris, la création mondiale de L’Après-midi d’un faune, première chorégraphie de Vaslav Nijinski, inspirée de l’églogue éponyme de Stéphane Mallarmé (1875). Sur une musique de Claude Debussy (Prélude à L’Après-midi d’un faune, 1892), sous la direction musicale de Pierre Monteux. Décors et costumes de Léon Bakst.

Interprétée par les Ballets Russes avec Vaslav Nijinski dans le rôle principal du faune et Lydia Nelidova dans celui de la nymphe, la première de L’Après-midi d’une faune suscite de vives réactions. Gaston Calmette, directeur du Figaro, jugeant le spectacle « pornographique », interdit la publication du compte rendu du chroniqueur Robert Brussel. L’affaire fait grand bruit.






L’Après-midi d’un faune
[EXTRAIT]


Églogue


LE FAUNE



Ces nymphes, je les veux perpétuer.
Si clair,
Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.


Aimai-je un rêve ?
Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses.
Réfléchissons…

ou si les femmes dont tu gloses
Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste:
Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison ?
Que non ! par l’immobile et lasse pâmoison
Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d’accords; et le seul vent
Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
Qu’il disperse le son dans une pluie aride,
C’est, à l’horizon pas remué d’une ride
Le visible et serein souffle artificiel
De l’inspiration, qui regagne le ciel.


Stéphane Mallarmé, Poésies, Gallimard, Collection Poésie, pp. 58-59.




■ Voir aussi ▼

→ (sur le site du CNDP)
une fiche très documentée sur ce spectacle
→ (sur le site de l’Université de Gand)
le texte intégral de l’églogue de Stéphane Mallarmé




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3 réponses à “29 mai 1912 | Claude Debussy | Création de L’Après-midi d’un faune”

  1. Elle marche dans la rue. Seule. Elle aime marcher dans la rue. Elle aime son rêve, même si ce n’est qu’un rêve. Elle sait qu’elle aime son rêve. Et si son rêve n’était pas un rêve ? Elle marche dans la rue. Seule. Elle entend l’oiseau chanter sur la branche du platane. Elle lève les yeux pour mieux écouter l’oiseau. Tout son corps écoute l’oiseau. Elle n’est plus seule à marcher dans la rue. Elle n’est plus seule à aimer son rêve. L’oiseau chante son rêve qu’elle aime. L’oiseau chante toujours le rêve.
    clem

  2. math

    Le faune s’avance, surpris par cet attroupement de nymphes qui court vers la rivière.
    Une seule, moins sauvage, se laisse approcher et lui laisse une écharpe.
    Celui-ci, émerveillé, la serre contre lui comme dernière preuve d’un amour inconnu…

  3. Marie-Christine Touchemoulin

    Mallarmé…
    Puis il y a aussi, cette autre force qui nous propulse au quotidien, toujours et encore, en danse, en écriture, en poésie jusque là, chez l’aïeule savoyarde qui parvenue à trépas ne parlait presque plus qu’en patois en me jouxtant…
    Mallarmé…
    Il ne dit rien, il donne à éprouver; ce qu’il veut dire, lui seul le sait, a si peu d’importance, les mots dissipent sa souffrance itinérante, la forme de son cheminement relié à sa quête importe; à moins de lire en universitaires armés de connaissances, on s’en fiche, en revanche, ce que notre intelligence sensible en retient au toucher est transmissible au plan humain, on ne s’en fiche pas, on fait silence pour agir, « par le petit garçon qui meurt près de sa mère » et l’ave Maria lacéré sur le lutrin; l’astronef mallarméenne doit atterrir au quotidien. Il faut regarder en traversant la vie, non l’idée qu’on s’en fait.
    Poésie in situ; poésie de facto; interactive; connectée au temps réel…
    La danse nous propulse en ce sens.

    Cordialement, mct

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