TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Torquato Tasso | Di nettare amoroso

Publié le :

25 avril 2006

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Bacio_1_1
« La bocca si ferir di bacio ardente »
Aquatinte numérique originale,
G.AdC








MADRIGAL


DI NETTARE AMOROSO



Di nettare amoroso ebro la mente,
Rapto fui, né so come, in chiusa chiostra,
E due belle d’Amor guerriere in giostra
Vidi con l’arme ond’egli è si possente;

Vidi che in dolce arringo alteramente
Fer pria di lor beltà leggiarda mostra,
Poi movendosi incontra ove s’innostra
La bocca si ferir di bacio ardente.

Suonar le labbra e vi restaro i segni
De’colpi impresi. Amor, deh, perché a voto
Tant’arme e tai percosse usar da scherzo ?

Provinsi in vera pugne e non si sdegni
Scontro l’amante. Amor, me, tuo devoto,
Opponi a l’una o fra le due fa terzo.








EN VOYANT S’ENTREBAISER DEUX DAMES



L’âme enivrée d’un nectar amoureux
Je fus ravi (mais comme ?) en close terre
Où joutaient deux d’Amour belles guerrières
Avec ces armes-là qui le font victorieux.

Dans cette double lice, et d’air altier,
Les vis d’abord se pavaner, badiner,
Puis, s’avançant, où la bouche carmine,
Se blesser toutes deux d’ardent baiser.

Leurs lèvres résonnèr’et des fendants
Resta la marque. Ah, mais, Amour, pourquoi
User par jeu de ces plaies, de ces armes ?

Ne dédaignons un vrai combat d’amants !
Amour, moi, ton dévot, fais que je m’arme
Contre une d’ell’- ou les deux à la fois.




Torquato Tasso, Rimes d’amour, Livre II (Pour Laura Peperata), n° 183, in Le Tasse, Rimes et plaintes, Poésie Fayard, 2002, pp. 64-65. Poésies choisies et traduites de l’italien par Michel Orcel.









______________________________________
Le madrigal Di nettare amoroso a été mis en musique à cinq reprises entre 1582 et 1598, et notamment en 1587 (Madrigali a sei voci, IV, Vincenti) par le compositeur Luca Marenzio (v. 1553-1599). Penser à écouter l’extrait musical : Amor, i’ho tiré du Neuvième livre de madrigaux, 1599, et interprété par l’ensemble La Venexiana.




TORQUATO TASSO


Alessandro Allori   Portrait of Torquato Tasso 1585-90
Alessandro Allori (1535-1607),
Portrait de Torquato Tasso, 1585-90
Huile sur toile,
Galleria degli Uffizi, Florence





■ Torquato Tasso
sur Terres de femmes


Comment l’amour vient aux bergers et bergères
Tacciono i boschi e i fiumi




■ Voir aussi ▼


15 mai 1567 | Naissance de Claudio Monteverdi (+ « Ecco mormomar l’onde » de Torquato Tasso)





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2 réponses à “Torquato Tasso | Di nettare amoroso”

  1. Merci pour le poème que je ne connaissais pas et pour le lien de la musique aussi. Je vais visiter lentement ce beau blog. Félicitations.

  2. Bienvenue sur mes terres, allegra. Tu es ici chez toi. Je n’ai pas précisé que « Amor, i’ho » était tiré du Canzoniere de Francesco Petrarca.

    « Amor, i’ ho molti e molti anni pianto
    mio grave danno in doloroso stile,
    né da te spero mai men fere notti,
    et pèro mi son mosso a pregar morte
    che mi tolga di qui per farme lieto
    ov’ è colei ch’ i’ canto e piango in rime. »

    Tu pourras trouver à cette adresse la liste des madrigaux du Neuvième Livre, de Luca Marenzio.

    Tiens, voici, du même livre, Solo e pensoso i più deserti campi. Toujours d’après le Canzoniere.

    « Solo e pensoso i più deserti campi
    vo misurando a passi tardi e lenti,
    e gl’occhi porto per fuggir intenti
    dove vestigio human l’arena stampi.
    Altro schermo non trovo che mi scampi
    dal manifesto accorger de le genti,
    perché ne gl’atti d’allegrezza spenti
    di fuor si legge com’ io dentr’ avampi.
    Sì ch’io mi cred’ homai che monti e piagge
    e fiumi e selve sappian di che tempre
    sia la mia vita, ch’è celata altrui,
    ma pur sì aspre vie né sì selvagge
    cercar non so ch’Amor non venga sempre
    ragionando con meco, et io con lui. »

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