TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Le Tasse | Comment l’amour vient aux bergers et bergères

Publié le :

10 juin 2005

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Le Tasse
Aquatinte numérique originale, G.AdC,
d’après Bocca’Sofa du groupe de designers italiens Studio 65,
éd. Gulfram Italy, 1971
en hommage aux lèvres de Marilyn Monroe.







COME AMORE NASCE NEL PASTORE



A l’ombra d’un bel faggio Silvia e Filli
Sedean un giorno, ed io con loro insieme,
Quando un’ape ingegnosa, che cogliendo
Sen’giva il mel per que’prati fioriti,
A le guancie di Fillide volando,
A le guancie vermiglie come rosa,
La morse e le rimorse avidamente :
Ch’a la similitudine ingannata
Forse un fior la credette. Allora Filli
Cominciò lamentarsi, impaziente
De l’acuta puntura :
Ma la mia bella Silvia disse : « Taci,
Taci, non ti lagnar, Filli, perch’io
Con parole d’incanti leverotti
Il dolor de la picciola ferita. »
[…]
Così dicendo, avvicinò le labra
De la sua bella e dolcissima bocca
A la guancia rimorsa, e con soave
Susurro mormorò non so che versi.
Oh mirabili effetti ! Sentì tosto
Cessar la doglia, o fosse la virtute
Di que’magici detti, o, com’io credo,
La virtù de la bocca
Che sana ciò che tocca.





À l’ombre d’un beau hêtre étaient un jour assises
Phyllis et ma Sylvie, et j’étais avec elles,
Quand une ingénieuse abeille, qui allait
Parmi les fleurs des prés pour butiner son miel,
S’en vint en voletant sur les joues de Phyllis,
Sur les joues de Phyllis, vermeilles comme roses,
Et les piqua, les repiqua, avidement :
Car sans doute abusée par cette ressemblance,
Elle les prit pour une fleur. Phyllis alors
Commença de gémir, qui ne supportait pas
La cuisante piqûre;
Mais ma belle Sylvie lui dit : « Allons, tais-toi,
Tais-toi, ô, ma Phyllis, ne te lamente plus,
Car je sais la façon, par des mots enchantés,
D’enlever la douleur de ta petite plaie. »
[…]
Tout en parlant de cette sorte, elle approcha
Les lèvres de sa belle et si suave bouche
Jusqu’à la joue piquée, et dans un doux murmure
Chuchota je ne sais quelle incantation.
Oh ! merveilleux effet ! Elle sentit bientôt
Que cessait la douleur, par la vertu peut-être
D’une telle formule, ou, comme je le crois,
Par la vertu de cette bouche
Qui guérit tout ce qu’elle touche.




Torquato Tasso, Amyntas. Acte Ier, Scène II [Comment l’amour vient aux bergers]. Anthologie bilingue de la poésie italienne, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, pages 661-662.



______________________
Aminta (Amyntas), pastorale dramatique en vers et en cinq actes, avec prologue et chœurs, du poète Torquato Tasso (Le Tasse, né en 1544 à Sorrente et mort à Rome en 1595), a été composée au printemps 1573 et représentée pour la première fois le 31 juillet de la même année à la cour de Ferrare, sur l’île de Belvédère, sur le Pô, « où les ducs de Ferrare aimaient à organiser des fêtes et dont le cadre champêtre s’harmonisait à merveille avec le sujet pastoral de la pièce ». Elle a été traduite en français pour la première fois en 1584 sous le titre de Fable bocagère.




TORQUATO TASSO


Alessandro Allori   Portrait of Torquato Tasso 1585-90
Alessandro Allori (1535-1607),
Portrait of Torquato Tasso, 1585-90
Huile sur toile,
Galleria degli Uffizi, Florence






■ Torquato Tasso
sur Terres de femmes


Di nettare amoroso
Tacciono i boschi e i fiumi




■ Voir aussi ▼


15 mai 1567 | Naissance de Claudio Monteverdi (+ « Ecco mormomar l’onde » de Torquato Tasso)





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2 réponses à “Le Tasse | Comment l’amour vient aux bergers et bergères”

  1. … » et dans un doux murmure
    Chuchota je ne sais quelle INCARNATION  »

    quand on lit trop vite, voilà le genre de (joli) lapsus qu’on se fabrique.
    J’en suis pas trop mécontent de mon lapsus. Je me le garde comme roue de secours.

    Bises garagistes.

    dB

    Nota : chez Elvira aussi la joie de trouver les versions BILINGUES des poèmes qu’elle nous propose.

  2. Incarnation ou « Et verbum caro factum est » ?

    « Prévenez moi si je suis mort(e)
    et surtout prévenez mon ombre
    Quel embarras d’être sans corps
    C’est la source d’ennuis sans nombre »

    Incantation de Claude Roy. Suite des vers mis en poste-it ce matin

    Amicizia

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