TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

30 mars 1917 | Paul Valéry | Publication de « La Jeune Parque »

Publié le :

30 mars 2006

/

Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »

Éphéméride culturelle à rebours



30 mars 1917, publication aux éditions de la NRF de La Jeune Parque de Paul Valéry.






Portrait_de_paul_valery_5
Image, G.AdC






Harmonieuse Moi, différente d’un songe,
Femme flexible et ferme aux silences suivis
D’actes purs!… Front limpide, et par ondes ravis,
Si loin que le vent vague et velu les achève
Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève,
Dites!… J’étais l’égale et l’épouse du jour,
Seul support souriant que je formais d’amour
À la toute-puissante altitude adorée…

Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée,
Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor,
Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or!
Poreuse à l’éternel qui me semblait m’enclore,
Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore;
Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir
Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir :
Mon amère saveur ne m’était point venue.
Je ne sacrifiais que mon épaule nue
À la lumière; et sur cette gorge de miel,
Dont la tendre naissance accomplissait le ciel,
Se venait assoupir la figure du monde.




Paul Valéry, La Jeune Parque, Éditions de la Nouvelle Revue française, 1917.






Lajeuneparqueedition_originale





■ Paul Valéry
sur Terres de femmes


[Rime]
30 octobre 1871 | Naissance de Paul Valéry
19 février 1924 | Conférence de Paul Valéry sur Baudelaire
23 juin 1927 | Discours de réception de Paul Valéry à l’Académie française
20 juillet 1945 | Mort de Paul Valéry




■ Voir aussi ▼


la biographie de Paul Valéry sur le site de l’Académie française





Retour au répertoire du numéro de mars 2006
Retour à l’ index de l’éphéméride culturelle
Retour à l’ index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

3 réponses à “30 mars 1917 | Paul Valéry | Publication de « La Jeune Parque »”

  1. nobody

    Toujours ces souvenirs qui arrivent par vagues dès que je feuillette ton éphéméride…

    La jeune Parque… Elle m’a donné tant de soucis, elle ne voulait pas se dévoiler, elle refusait ma voix, que je lui prêtais pourtant avec tant d’ardeur !

    … Mais qui pleure,
    si proche de moi-même au moment de pleurer ?…

    Sois remerciée pour tout ce que tu nous offres, chère Angèle !

  2. Valéry… que de résonances inspire en moi ce Paul Valéry, dernier de nos classiques, qui me surprit un soir de mes 17 ou 18 ans, avec sa « mer, toujours recommencée ». C’est un poète dont je connais trop mal l’oeuvre, pure et exigeante me semble-t-il, mais les quelques mots nés de sa plume que j’ai pu lire restent en mon âme comme des frères…

    Merci beaucoup…

  3. Savez-vous, cher Alfred Teckel, que dans l’imaginaire de ma génération « La mer, toujours recommencée » évoque aussi le final de Pierrot le Fou de Godard ?

Laisser un commentaire

Articles reliés