TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

21 janvier 1926 | Greta Garbo dans « La Rue sans joie » de Pabst

Publié le :

21 janvier 2006

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Catégorie(s) :

Éphéméride culturelle à rebours



PORTRAIT DE GRETA GARBO
Image, G.AdC






GRETA GARBO, LA FEMME FANTÔME



Sorti à Berlin le 18 mai 1925, La Rue sans joie (Die freudlose Gasse), film du réalisateur allemand Georg Wilhelm Pabst, est présenté en avant-première à Paris, au studio des Ursulines, le 21 janvier 1926, le jour même de l’inauguration de la salle (dans le public : André Breton, René Clair, Robert Desnos, Fernand Léger, Man Ray, …). Greta Garbo est célébrée par les surréalistes comme « la femme fantôme » des Chants de Maldoror et l’archétype de l’amour fou.

La Rue sans joie est un jalon important dans les annales du cinéma muet. En premier lieu parce que c’est ce film qui a révélé au grand public le visage de la « mystérieuse sphinge suédoise », Greta Garbo, née le 18 septembre 1905.

Après La Rue sans joie, l’actrice joue dans Le Torrent (1926), La Chair et le diable (1927) et Anna Karénine (1927). Mais sa carrière se confirme avec l’arrivée du parlant. En 1930, le public entend pour la première fois le son de sa voix dans Anna Christie, film de Clarence Brown. Et s’émeut de sa sensualité grave. La « Divine » est lancée par le slogan « Anna talks » (Anna parle).

Quant au film de Pabst, qui peint le destin d’une femme dans la Vienne des années 1920, il constitue un tableau d’époque. Et un document d’histoire. Socialement engagé, Georg Wilhelm Pabst appartient, tout comme Bertolt Brecht, au courant de la « nouvelle objectivité » (Neue Sachlichkeit) et préconise, tout comme lui, « l’effet de distanciation » (Verfremdungseffekt). Qui contribue à tenir le spectateur en respect par rapport à ses émotions, l’aide à ne pas s’identifier au destin des personnages et à surmonter son « aliénation » grâce au regard critique et « distancié » qu’il porte sur l’action narrative et filmique. Pabst rompt ainsi avec le romantisme de l’école expressionniste allemande. La Rue sans joie s’inscrit dans ce nouveau regard.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli






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Sources iconographiques : site Garbo la Divine
Ce site a été créé à l’occasion
du centenaire de la naissance de Greta Garbo
(18 septembre 1905)





LE VISAGE DE GARBO


« Garbo appartient encore à ce moment du cinéma où la saisie du visage humain jetait les foules dans le plus grand trouble, où l’on se perdait littéralement dans une image humaine comme dans un philtre, où le visage constituait une sorte d’état absolu de la chair, que l’on ne pouvait ni atteindre ni abandonner.

[…] dans ce visage déifié, quelque chose de plus aigu qu’un masque se dessine : une sorte de rapport volontaire et donc humain entre la courbure des narines et l’arcade des sourcils, une fonction rare, individuelle, entre deux zones de la figure ; le masque n’est qu’addition de lignes, le visage, lui, est avant tout rappel thématique des unes aux autres. Le visage de Garbo représente ce moment fragile, où le cinéma va extraire une beauté existentielle d’une beauté essentielle, où l’archétype va s’infléchir vers la fascination de figures périssables, où la clarté des essences charnelles va faire place à une lyrique de la femme. »


Roland Barthes, Mythologies, Éditions du Seuil, 1957 ; Collection Points Essais, 1970, pp. 65-66-67.


■ Voir aussi ▼

le site www.greta-garbo.de (en allemand)
→ (sur Carnets d’une marraine)
la Divine



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4 réponses à “21 janvier 1926 | Greta Garbo dans « La Rue sans joie » de Pabst”

  1. Florian

    L’âge moyen de notre public a un peu baissé, mais en bons sales mômes que nous tentons de rester, nous ferons tout notre possible pour rester fidèles à l’esprit de nos illustres (et parfois intenables) précurseurs 🙂

    bon week-end,
    bien cordialement

    Florian
    Programmateur du Studio des Ursulines

  2. Alfred Teckel

    Ah!! La Divine! Une de mes « admirables »…

    « Garbo parle »; « Garbo rit »: voilà les arguments massues pour vanter ses films à l’époque.
    Peu d’actrices auront autant marqué leur époque et tout le cinéma.
    Même si elle n’est pas ma préférée de toutes les actrices, Garbo, c’est un mythe. C’est ce visage, froid et parfait, cette beauté nordique à couper le souffle. Garbo, c’est en fait l’anti-Louise Brooks. On aime Brooks, tandis qu’on admire Garbo, sans oser la toucher réellement, en effleurant seulement son image, tant la grâce la sublime.

    Garbo, c’est aussi le mystère, cette éclipse totale, comme si la plus belle lune, lasse d’être montrée, s’était cachée à tout jamais. Garbo ne sortit de sa pénombre d’ermite que pour gagner le tombeau…

    C’est cela, un mythe… ça nous fascine à jamais, parce que cela nous dépasse.

    (NB: J’ai regretté, par pure inclination personnelle, que l’on ne trouve pas, dans vos « Portraits de femmes« , au demeurant splendides, la grande Katharine Hepburn.)

  3. pascale

    Je me souviens avoir entendu un jour, il y a longtemps, le critique de cinéma Remo Forlami déclarer que Greta Garbo était l’incarnation même de la star telle qu’on l’entendait encore il y a quelques années. Eh oui, le voilà bien le mythe de la star, distante jusqu’à en être inaccessible, au propre et au figuré ; et non, la star n’est pas ce concept galvaudé, cet anglicisme (américanisme ?) qu’on entend à tout bout de champ, pour un oui ou un non, pour la minette d’un jour ou le bellâtre d’un instant. Pauvre Greta au statut déchu… étoile pâlie par la mode du vocabulaire excessif…

  4. Votre page n’est pas muette et sait rendre divinement hommage à Greta Garbo.

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