TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Angèle Paoli | Me voici restitué[e] à ma rive natale

Publié le :

15 décembre 2005

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Ph., G.AdC
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« …Comme celui qui se dévêt à la vue de la mer, comme celui qui s’est levé pour honorer la première brise de terre […]
Les mains plus nues qu’à ma naissance et la lèvre plus libre, l’oreille à ces coraux où gît la plainte d’un autre âge,
Me voici restitué à ma rive natale… Il n’est d’histoire que de l’âme, il n’est d’aisance que de l’âme.
Avec l’achaine, l’anophèle, avec les chaumes et les sables, avec les choses les plus frêles, avec les choses les plus vaines, la simple chose, la simple chose d’être là, dans l’écoulement du jour…
Sur des squelettes d’oiseaux nains s’en va l’enfance de ce jour, en vêtement des îles, et plus légère que l’enfance sur ses os creux de mouette, de guifette, la brise enchante les eaux filles en vêtement d’écailles pour les îles… »



Saint-John Perse, Exil [1941], in Éloges, suivi de La Gloire des Rois, Anabase, Exil, Gallimard, collection Poésie, 1960, page 160.







Pour en savoir plus sur Saint-John Perse, se reporter au site «
Saint-John Perse, le poète aux masques », où il est possible d’écouter de nombreux extraits d’archives sonores, dont de longs extraits du Discours de Stockholm.


■ Saint-John Perse
sur Terres de femmes

31 mai 1887 | Naissance de Saint-John Perse
Trentième anniversaire de la mort de Saint-John Perse par Joëlle Gardes
Du Maître d’astres et de navigation
Invocation, 3
Pétrels, nos cils
Vents



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4 réponses à “Angèle Paoli | Me voici restitué[e] à ma rive natale”

  1. Quand une lecture suffit à vous *transe*porter …

    Un moment de magie partagée

    Merci Angèle de nous donner à (re)découvrir ces lignes

    Claire Mareuil

  2. Edith

    La citation ci-dessous est extraite du roman Amanscale de Maryline Desbiolles. Je la propose en lecture dans l’espace entre « Nager » de Jean- François Agostini et « Me voici restitué(e) à ma rive natale » de Saint-John Perse :

    « La nageuse n’a pas encore repris sa respiration. Le bras est en extension au-dessus de la tête et la tête est presque entièrement plongée sous l’eau. C’est un crawl lent, paresseux, magnifique. Seule la perfection du geste est visée. Il reste tout l’infini du monde à traverser. Qu’importe la vitesse. Sur les épaules qui émergent un peu brillent quelques gouttes d’eau saisies par le soleil, quelques gouttes d’eau dans le bonheur de ce saisissement, quelques gouttes d’eau qu’on dirait rapportées, comme un butin de guerre des eaux obscures. »

  3. En écho à l’extrait choisi par Edith, ce presque final de Fuir, de Jean-Philippe Toussaint.

    « La mer devint plus vaste, plus lourde à mesure que je gagnais le large, je me sentais porté, emporté par la houle qui me soulevait, immense et ondulente, il y avait de petits remous de surface, des frémissements de vagues, des lames en formation qui se fendillaient en laissant échapper quelques filets d’écume. Je n’avais pas dû nager beaucoup plus de cinquante mètres, cent mètres au maximum, quand j’aperçus un petit rocher émergé au loin, autour duquel l’écume paraissait bouillonner, un petit rocher en mouvement, ou plutôt la tête d’un nageur, la tête de Marie qui apparaissait dans l’obscurité à cent cinquante mètres de là […] Marie ignorait que j’étais parti à sa rencontre, elle ne me voyait pas et continuait de nager à son rythme, la tête enfoncée dans l’eau, qu’elle ne ressortait qu’occasionnellement pour respirer. Je nageais toujours vers elle, je l’avais reconnue à présent, je ne voyais pas encore ses traits, mais je reconnaissais sa silhouette et sa manière de nager. Je m’étais arrêté dans l’eau et je lui faisais signe, je l’appelais dans la nuit quand enfin elle m’aperçut. Nous nagions les derniers mètres pour nous rejoindre, à bout de forces l’un et l’autre, je distinguais ses traits dans l’obscurité à présent, qui apparaissaient et disparaissaient dans l’eau ondulante, sa figure méconnaissable, froide, dure, exténuée, ses joues livides, une expression de hargne sur son visage, de ténacité et de détresse, d’épuisement, un regard de naufragée… »

    Jean-Philippe Toussaint, Fuir, Editions de Minuit, 2005, pp. 183-184

    Il faut lire ces pages magnifiques jusqu’au bout, d’une seule traite, en épousant le rythme des phrases, en se laissant porter par leur flux et leur houle. Et ne reprendre son souflle qu’une fois arrivé au point final, une fois le lecteur rejeté hors d’haleine sur la rive comme un nageur mort. Qui s’étonne, ballotté par les derniers ressacs, de se savoir encore en vie !

  4. Marielle

    « Suis-je venue
    La lumière sera pareille
    Exactement
    Peut-être même un peu plus belle
    Qu’avant
    Elle m’aura perdue
    Et puis après?
    Pour la terre nul intérêt
    Que je vive ou je meure
    Pour moi c’est l’unique commencement
    Dans une heure
    Je serai cendre ou diamant. »

    Anne Perrier, Le Petit Pré, Editions Payot, Lausanne, 1960.

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