TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Cesare Pavese | Lavorare stanca

Publié le :

21 juin 2005

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



LAVORARE STANCA



Traversare una strada per scappare di casa
lo fa solo un ragazzo, ma quest’uomo che gira
tutto il giorno le strade, non è più un ragazzo
e non scappa di casa.

Ci sono d’estate
pomeriggi che fino le piazze son vuote, distese
sotto il sole che sta per calare, e quest’uomo, che giunge
per un viale d’inutili piante, si ferma.
Val la pena esser solo, per essere sempre più solo?
Solamente girarle, le piazze e le strade
sono vuote. Bisogna fermare una donna
e parlarle e deciderla a vivere insieme.
Altrimenti, uno parla da solo. È per questo che a volte
c’è lo sbronzo notturno che attacca discorsi
e racconta i progetti di tutta la vita.

Non è certo attendendo nella piazza deserta
che s’incontra qualcuno, ma chi gira le strade
si sofferma ogni tanto. Se fossero in due,
anche andando per strada, la casa sarebbe
dove c’è quella donna e varrebbe la pena.

Nella notte la piazza ritorna deserta
e quest’uomo, che passa, non vede le case
tra le inutili luci, non leva più gli occhi:
sente solo il selciato, che han fatto altri uomini
dalle mani indurite, come sono le sue.
Non è giusto restare sulla piazza deserta.
Ci sarà certamente quella donna per strada
che, pregata, vorrebbe dar mano alla casa.



Cesare Pavese, Lavorare stanca, Giulio Einaudi editore, Torino, 1961.






Lavorare stanca
Ph., G.AdC







TRAVAILLER FATIGUE



Traverser une rue pour s’enfuir de chez soi
seul un enfant le fait, mais cet homme qui erre,
tout le jour, par les rues, ce n’est plus un enfant
et il ne s’enfuit pas de chez lui.

En été, il y a certains après-midi
où les places elles-mêmes sont vides, offertes
au soleil qui est près du déclin, et cet homme qui vient
le long d’une avenue aux arbres inutiles, s’arrête.
Est-ce la peine d’être seul pour être toujours plus seul ?
On a beau y errer, les places et les rues
sont désertes. Il faudrait arrêter une femme,
lui parler, la convaincre de vivre tous les deux.
Autrement, on se parle tout seul. C’est pour ça que parfois
il y a des ivrognes nocturnes qui viennent vous aborder
et vous racontent les projets de toute une existence.

Ce n’est sans doute pas en attendant sur la place déserte
qu’on rencontre quelqu’un, mais si on erre dans les rues
on s’arrête parfois. S’ils étaient deux,
simplement pour marcher dans les rues, le foyer serait là
où serait cette femme et ça vaudrait la peine.

La place dans la nuit redevient déserte
et cet homme qui passe ne voit pas les maisons
entre les lumières inutiles, il ne lève plus les yeux :
il sent seulement le pavé qu’ont posé d’autres hommes
aux mains dures et calleuses comme les siennes.
Ce n’est pas juste de rester sur la place déserte.
il y a certainement dans la rue une femme
qui, si on l’en priait, donnerait volontiers un foyer.



Cesare Pavese, Travailler fatigue, Gallimard, Collection Du Monde entier, 1969, pp. 84-85 ; Collection Poésie, 1995, pp. 114-115. Traduction de Gilles de Van.







NOTICE BIO-BIBLIOGRAPHIQUE



Né le 9 septembre 1908 à Santo Stefano Belbo (près de Cuneo, Italie), Cesare Pavese fut directeur littéraire d’Einaudi, traducteur, poète et romancier. Arrêté en 1935 pour les écrits anti-fascistes publiés dans la revue La Cultura, il est exilé à Brancaleone (Calabre) en 1935-1936. Cette période coïncide avec une crise personnelle grave dont rendent compte un recueil poétique (Travailler fatigue [Lavorare stanca], 1936) et son journal intime (Il Mestiere di vivere [Diario 1935-1950], Le Métier de vivre), publié à titre posthume en 1952 (traduit et publié en langue française en 1958).

Ecrivain fasciné par la mort (qu’il apprivoise dans son œuvre sous la désignation « il vizio assurdo » : « le vice absurde »), et doutant de plus en plus de l’originalité et de la nécessité de son œuvre, il se suicide le 27 août 1950 dans une chambre d’hôtel à Turin, laissant sur la table de son bureau les poèmes qui constituent aujourd’hui son dernier recueil : Verrà la morte e avrà i tuoi occhi (La mort viendra et elle aura tes yeux, poèmes écrits pour une actrice américaine, Constance Dowling).





CESARE PAVESE


Cesare_pavese_1


Sur Cesare Pavese, voir ▼

→ la
contribution de Catherine Réault-Crosnier (article pour lequel celle-ci a obtenu en 1999 le prix international de l’essai Cesare Pavese de l’Union Mondiale des Écrivains Médecins)



■ Cesare Pavese
sur Terres de femmes

9 septembre 1908/Naissance de Cesare Pavese
Cesare Pavese dans la collection Quarto (note de lecture d’AP)
L’Idole et autres récits (note de lecture d’AP)
1er novembre 1935 | Cesare Pavese, Le Métier de vivre
Semplicità
Tu as un sang, une haleine
Jean-Pierre Ferrini, Le Pays de Pavese (note de lecture d’AP)





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