Chjam’è rispondi
MCS, Noirs bambous, Encre, 2005. D.R.
Chjama
Noirs bambous
pliés jamais rompus
larmes de sang
répandues
visage transformé
tiges écorchées
lueur d’espoir blessé
souffle de vent
©MCS
Risponde d’Angèle à MCS
Souffle de vent
sur ton visage nu
larmes de sang
dans tes yeux de velours
lueur d’espoir de ton amour blessé
tiges écorchées
des noirs bambous
pliés
D.R. angèlepaoli
Note d’Angèle Paoli :
U Chjam’è rispondi est une polyphonie particulière encore pratiquée de nos jours en Corse, notamment à la Casa musicale de Pigna (en Balagne) sous la supervision d’E voce di u Cumune.
Cet exercice vocal (debout, face à face, sans accompagnement instrumental et en public) consiste en une libre improvisation poétique très rythmée (Toni Casalonga, le responsable de la Casa musicale, parle, quant à lui, de « tchatche poétique » : « u chjama e rispondi ghjè una cunversazione ritimata, un cumbattitu, duv’ellu ci vole à mustrassi attempu spirituale è curtese ») pratiquée par deux ou plusieurs poètes, sans critère d’âge ou de condition sociale, à l’occasion d’événements publics : fêtes, concours, foires (à Casamaccioli, par exemple, lors de la Santa di U Niolu), noces, tonte des brebis, etc.
Si la mélodie de départ du Chjam’è rispondi est personnelle, le schéma musical répond, lui, à des règles constantes (mélodie pentatonique descendante, avec une suspension sur le second degré à la fin du premier vers, une fausse résolution à la fin du second vers, et un final qui s’achève sur la tonique à la fin du troisième vers). Il n’y a pas de thème imposé hors la poésie elle-même. Mais le contenu s’appuie couramment sur les débats de société qui sont dans l’actualité proche ou « l’air du temps ».
La règle toutefois veut que dans cette joute oratoire l’on reste d’une part toujours courtois et pétillant d’esprit, et que d’autre part la réponse (risponde) s’appuie sur le sujet de départ appelé « tesa ou cuncettu » tel qu’il est énoncé dans le premier couplet (a chjama, l’appel) par le premier intervenant. Le public est là pour applaudir (à chaque intervention qu’il trouve pétillante) et stimuler le brio des intervenants. U Chjam’è rispondi ne s’achève que lorsque l’un des intervenants est à bout d’argumentation.
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