![]() Ph, G.AdC à J. C.
Six arbres, six troncs souples dans leur droiture comme il nous faut être et qui fichés et jaillissant comme d’une même souche s’écartent les uns les autres dans leur jet et sont plus solidaires encore par leur distance frémissante, étreints par l’intimité dans l’enclos d’éloignement qu’ils enserrent de leur veille pieuse. Ils sont une lyre d’une certaine sorte et le souffle et les mots que je risque à leur rencontre n’auront de vrai que ce qui vivra de leur acquiescement Eux les entièrement attentifs leur branchement vers le haut, vers le pourtour, toujours plus impondérable, et l’écume de jeune feuillage qui mousse à leur cime tout vibre inlassablement et se propage et s’échange ; Tout obéissant accueil et anxieuse écoute Ils fêlent la hautaine assurance du ciel et délivrent le message tremblant que le tourment du regard et du cœur entendent […] 16-17 avril 1968 Jean Kahn Dessertenne, « Dictée », Matière du temps, Arfuyen, Collection « Les Cahiers d’Arfuyen », 2003, pp. 49-50. Postface de Robert Tzakiri.
Né à Paris en 1916, Jean Kahn Dessertenne n’a publié aucun des nombreux textes littéraires et philosophiques qu’il a écrits durant les dernières années de sa vie (un ensemble de soixante-dix textes, représentant plus de quatre cents pages). Souhaitant toutefois que ses écrits soient conservés, il les a (peu de temps avant de se donner la mort, le 17 avril 1970) remis à sa compagne, Josette Calmeil, qui les a transcrits et classés. C’est grâce à l’autorisation de ses fils, Jean-François Kahn et Axel Kahn, qu’une partie de son œuvre poétique a pu voir le jour en avril 2003 dans la collection des Cahiers d’Arfuyen. Celle-ci prend place dans le paysage spirituel des écrivains du Grand Jeu que Jean Kahn Dessertenne a eu l’occasion de fréquenter (René Daumal, mais aussi Jean-Paul Dadelsen). « Ce qui pour moi définissait le mieux le charme de Jean Kahn Dessertenne, écrit Robert Tzakiri dans la postface de l’ouvrage (pp. 89-90), c’est qu’il était sans enchantement. Il y avait dans la présence de cet homme dont la rigueur était sans raideur, quelque chose d’absolu, totalement dénué de magie comme d’artifice. […] Rien d’ésotérique dans cette démarche qui se refusait à conserver au mystère son mystère, mais s’appliquait au contraire à l’approcher, à le cerner, à tenter enfin de le déchiffrer. Sans mystification aucune, comme sans jamais perdre cette candeur du regard qui permet de donner aux anges le bénéfice du doute et d’appeler ainsi leur attention. »
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