TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Edoardo Sanguineti | je t’explore, ma chair

Publié le :

02 mai 2005

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Avec mon crayon, qui te colore
aquatinte numérique originale de G.AdC






« ti esploro, mia carne, mio oro, che ti spio, mia cruda carta nuda, che ti seguo, che ti sogno, con i miei seri, severi semi neri, con i miei teoremi, i miei emblemi, che ti batto e ti sbatto, e ti ribatto, denso e duro, tra le tue fratte, con il mio oscuro, puro latte, con le mie lente vacche, tritamente, che ti accendo, se ti prendo, con i miei pampani di ruggine, mia fuliggine, che ti spiro, ti respiro, con le tue nebbie e trebbie, che il timbro con tutti i miei timpani, con le mie dita che ti amano, che ti arano, mia vita, mio avaro amore amaro:

io sono qui… »


«
je t’explore, ma chair, mon or, mon corps, que je t’épie, mon papier nu et cru, que je te marque, que je te rêve, avec mes sérieux sévères sèmes noirs, avec mes théorèmes, et mes emblèmes, que je te batte en ébats et que je te rabatte, dense et dur, dans tes fourrés, avec mon lait obscur et pur, avec mes vaches lentes, comme on hache, que je t’allume, si je t’attrape, avec mes pampres rouillées, ma fumée, que je t’aspire et que je te respire, avec tes nuages et tes battages, moi qui te timbre de tous mes tympans, de mes doigts qui t’aiment et qui te labourent, avec mon crayon, qui te colore, qui te perfore et qui t’adore, ma vie, mon avare amour amer :

moi je suis là…»



Edoardo Sanguineti, L’ultima passeggiata (ommagio a Pascoli), 1982, Po&sie, numéro 109, 1975-2004, Trente ans de poésie italienne, Belin, page 213. Traduction de Martin Rueff.





EDOARDO SANGUINETI


Edoardo Sanguineti

Source




■ Edoardo Sanguineti
sur Terres de femmes


Ballade des femmes
Corollaire (lecture de Marie Fabre)
Laborintus II (extrait)
[ma come siamo, poi, noi ?] (extrait de Corollaire)
je t’explore, ma chair
Wirrwarr
18 mai 2010 | Mort d’Edoardo Sanguineti
4 juillet 1969/L’Orlando Furioso mis en scène par Luca Ronconi (interview d’Edoardo Sanguineti)




■ Voir | écouter aussi ▼


une bio-bibliographie d’Edoardo Sanguineti sur le site du cipM (centre international de poésie Marseille). On peut aussi y entendre Edoardo Sanguineti (et non pas Sanguinetti) dire à voix haute un extrait de Postkarten (Éditions l’Âge d’Homme, 1985). Edoardo Sanguineti [« a toujours estimé que ses poèmes étaient destinés essentiellement à la fonction vocale. »]
→ (sur YouTube) une interview d’Edoardo Sanguineti (Source : Feltrinelli editore)






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4 réponses à “Edoardo Sanguineti | je t’explore, ma chair”

  1. Très beau fragment érotique en effet. C’est curieux, dans le passage au français, il est comme épuré, fait aérien – alors que l’italien est très simple et terrien.

  2. Yves

    Ce serait intéressant, Giulia, que tu nous en dises un peu plus sur ce qui t’a conduit à ces conclusions.

  3. Ta remarque, Giulia, m’a tout droit orientée vers un petit exercice. Celui qui consiste à faire un relevé des allitérations. Le texte original d’Edoardo Sanguineti te semble plus « terrien » en raison de la répétition régulière des « t » qui martèle le texte. Les « t » sont moins nombreux dans la traduction et surtout moins rapprochés. Ce qui confère au texte français une légèreté que le texte italien, plus insistant, n’a pas.
    On peut se livrer à cet exercice sur d’autres consonnes mais également sur les voyelles. Puis comparer. Tout le travail du traducteur consiste à faire vibrer sous sa langue allitérations et assonances en travaillant le texte au plus près. Dans la chair musicale des mots.

  4. C’est assez difficile à expliquer, mais Sanguineti a créé une progression de mots qui naissent l’un de l’autre, avec un rythme lent et constant, comme celui de l’acte amoureux. Je ne crois pas imaginer plus loin que le texte, tout y est dit clairement. On passe du ‘c’ au ‘s’ au ‘t’ au ‘m’, t retour, avec des rimes deux par deux et de fortes allitérations qui ne peuvent se donner en français… C’est comme un psaume. Et puis des mots tout simples de l’italien parlé qui ont un sens précis, voire cru, « semi » pour « semence » et « sbattere » pour (hélas, désolée) « foutre ». Aucune vulgarité, mais pas de détours non plus, il faut oser : « ti batto e ti sbatto, e ti ribatto » sonnent fort à une oreille italienne.
    En même temps, on est rêveur face à l’élégance du français aérien…

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