TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Angèle Paoli | Déserts

Publié le :

28 février 2005

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Catégorie(s) :

Topique : Le désert



Trace_du_dsert
Ph, G.AdC






Elle se souvient de ce jour-là
elle lui a dit « Parlez-moi du désert »

là où elle est elle est à mille lieues du désert
il y a les onze coups qui sonnent à la cathédrale
il y a le pépiement régulier de l’oiseau qui habite le parc
il y a la frondaison lumineuse du chêne qui se balance sous la brise
il y a les candidats penchés sur leurs feuilles
il y a la tapisserie surannée déchirée par pans entiers
il y a elle qui écrit pour elle
il y a elle là-bas vers le nord
qui lui murmure à l’oreille
« Parlez-moi du désert »

il y a la page jaune et elle
qui ferme un instant les yeux

il y a la vaste étendue désertique jusque là inviolée vierge de signes

les mots qui roulent sous sa plume par vagues comme les vagues du désert mêmes ondulations bleues sur fond jaune

jaune doré sur le fond bleu du ciel

Déserts déserts de pierres concassées immensités que nulle vie apparente n’habite si ce n’est le scarabée minuscule qui roule sa bouse en faisant se déplacer plus minuscules encore les grains de sable en traînée de poudre fine légère ténue silencieuse têtue un trait à peine une ridule qui disparaît bientôt comme bue par une onde plus large de sable

Déserts de dunes vastes étendues courbes
ondulatoires que l’œil cherche en vain à cerner circonscrire enclore dans un cercle fini de lignes horizon insatiable inaliénables espaces que nul ne peut dompter déserts mouvants infinis ondoiements de lune sculptés par les poussées du vent tourbillons imprévus qui balaient en rafales les parois illusoirement souples des sables

Déserts de dunes immenses qui jaillissent pareilles à des montagnes amples vagues de cristaux menus

rassemblées là

par quelle tempête mamelons millénaires et pourtant fugaces murailles claires dorées douces à l’œil enchevêtrements silencieux de sillons d’arêtes réseaux de lignes courbes croisement de crêtes milliards de milliards de grains infiniment petits

rassemblés là

par quel hasard faisceaux de poussières fines qui se déplacent par insensible reptation colonnes tourbillonnantes qui grimpent à l’assaut du ciel
chaleur implacable qui fige le sable dans l’infini du silence.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli



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4 réponses à “Angèle Paoli | Déserts”

  1. je viens de parcourir votre site avec un plaisir non dissimulé…

  2. Christiane

    « Elle appartenait à la rude densité du ciel, aux impitoyables étendues de sable. Au vent. Elle allait enfin apprendre à s’appartenir…
    Insensiblement le fennec s’était rapproché. Elle ne l’en dissuada pas. Ils s’observaient silencieusement, sans penser à rien d’autre qu’à s’imprégner l’un de l’autre des parfums de la nuit…
    Qui était-elle ?
    D’où venait-elle ?
    Où allait-elle ?
    Quel était son nom ? »

    Angèle Paoli, Lalla ou le chant des sables, Editions Terres de femmes, 2008.

  3. Le désert, mon éternelle tentation! Merci de m’y entraîner encore et encore. Peut-être y retournerai-je un prochain jour. En attendant, il continue de déposer en moi les sédiments de ma mémoire. Et je m’y rends, chaque fois que le monde me pèse. Renouer avec le sable, la marche dure et difficile, et les « gens des nuages ». Mais le maquis et la mer sont là, qui m’apportent d’autres réponses.

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