APRÈS TROIS MOIS EN MER
C’est une femme de chair
non un lamantin lent
gavé d’algues
Elle écoute son chant
au plus fort des tempêtes
Ses yeux ont la couleur des flots
Elle émerge parfois
pour nourrir le désir
et parfaire sa légende
et le matin la voit partout
après trois mois en mer
EURYDICE
Orphée se déplace en métro
on mettra
l’enfer où l’on veut
L’essentiel sera
de ne pas se retourner trop
mais un peu
avant Château Rouge
où elle s’éclipsera
ANNEMARIE
Dans ses lectures préférées
de jeunes femmes audacieuses
voyagent seules en Afghanistan
voient trois fois l’Hindou Kouch
franchissent la passe de Khyber
reviennent en Europe
meurtrie par la guerre
l’âme retournée
par des lieux et
des peuples
L’une d’elles
mourra en Suisse tranquille
d’une chute de vélo
Ph. GAdC
RÉELLE
Je reviens à cette apparition
non d’une Isis
ou d’une Vierge à la diction de miel
apparue près d’un rocher
pour quelques-uns
mais de ce corps
si doucement étreint
dans ses langueurs
ses abandons et ses révoltes
CLOTILDE NUE
Au nord de son sein
pointait un grain de beauté
couleur café
et dans son creux inguinal
une tache de vin légère
dessinait une carte mentale
à son amant
rêvant de voyages
et de géographies
Ph. GAdC
Roland Ladrière, « LA DANSE UNIVERSELLE », Éditions Le Taillis Pré 2026, pp. 22, 28, 31, 43, 48.

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