En hommage à Marguerite Duras, c’était hier 30 ans I Poésie d’un jour, Christine de Camy
« je suis la femme qui marche »
je ris et je chante en marchant
est-ce que je suis folle
ils le croient
je suis blessée à la jambe et je marche
j’arrive à Calcutta
dans la chaleur
au milieu des lépreux
je m’approche de l’ambassade de France
j’ai faim j’ai soif
d’où vient-elle ils murmurent
je lis dans leurs yeux une peur blanche
un homme dit
je l’ai vue traverser la Birmanie
elle avait vendu son enfant
un autre elle marchait sur les bords de la mer de Chine
une femme se souvient
elle frissonne
elle était encore une enfant
une nuit cette femme l’a pourchassée
a voulu la toucher
l’effroi était toujours là intact
je l’ai vue sur les rives du Mékong dit un homme
elle marchait comme aujourd’hui
et elle chantait
tous connaissent mon chant le chant de Battambang
ou de Savannaketh chuchote une femme qui vient de
Savannaketh
comment a-t-elle pu parcourir tant de kilomètres
cette femme
est-ce bien elle
est-ce son ombre
je marche du nord au sud
je marche depuis dix ans
je marche d’est en ouest
je suis la mendiante
Christine de Camy, Celles qui marchent, éditions la Boucherie littéraire, sur le billot, 2026

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