Je garde pour la postérité
Une légende de notre ère.
Au ciseau je gratte le rocher
De notre caverne.
Plus lourd c’est probable, le poids
Des ballades héroïques
D’aujourd’hui ainsi que
Ce temps de pertes et de souffrances.
Sur les sépulcres délaissés
Je sculpte mes caractères,
J’écris par cœur pour les oiseaux
Dates, échéances et noms.
Les mouettes me dictent,
Les perdrix se lamentent,
Deux chiens blancs de Sibérie,
Trois petits renards bleus.
Et clignant de ses yeux
Rouges une chouette renifle
Juste au-dessus de mon épaule.
Mon histoire l’attendrit :
Elle a compris mes mots.
Varlam Chalamov, Cahiers de la Kolyma et autres poèmes, traduits du russe par Christian Mouze, Maurice Nadeau 2016, p.36.

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