
Lábios
Trazia uma tristeza passada a ferro,
sem um vinco. Quase nunca se lhe
viam os dentes (pequenos como os
de leite, e tão brancos). Sempre a
boca fechada, sempre o medo cosido
no silêncio. Algém contou que, um
dia, um homem qualquer – já não sei
se o pai ou o irmão – lhe abriu à força
os lábios. Os outros.
Lèvres
Elle portait une tristesse repassée,
sans un pli. On ne voyait presque jamais
ses dents (petites comme celles
de lait, et si blanches). Toujours la
bouche fermée, toujours la peur cousue
dans le silence. On raconte qu’un
jour, un homme quelconque – le père, le frère,
je ne sais plus – lui a ouvert de force
les lèvres. Les autres.
Maria do Rosário Pedreira, o meu corpo humano (fragmentos), Traduit par Sonia da Silva, Cadernos do Achegamento / Cahiers de l’Approche 2025, pp.12,13. Gravure de María Renati.
Née à Lisbonne en 1959, Maria do Rosário Pedreira est diplômée en langues et littératures modernes de la Faculté des Lettres de Lisbonne.
Elle est l’autrice de cinq recueils de poésie, dont le plus récent, o meu corpo humano (2022) a été finaliste du prix PEN de poésie et du prix Oceanos, puis lauréat du prix Correntes d’Escritas / Casino da Póvoa et du prix de poésie d’Oeiras (Consécration). Largement traduite et publiée en dehors de son pays, elle se distingue encore comme parolière dans le milieu du fado et de la chanson portugaise…

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