l’étang comprend la brume épaisse
il parle toutes les intempéries quotidiennes
je ne raconte qu’à l’étang cette histoire
perdue au large, sous les galets
en immense brasier, peut-être
en voie de disparition totale, inévitable
ça sent la poisse
j’ai la gorge sèche
poiscaille contre la glotte
cuisson lente,
ceps de vigne calcinés,
l’étang le sait
la garrigue s’est éteinte avec toi, le mistral étouffé
par ton souffle lourd d’amertumes
ni les cigales, ni la pluie jaune, ne connaîtront
tes cabas de grains
tes bestioles d’histoires velues
ton rire de feu follet
comment rester fidèle à toute une terre souillée ?
je tente de « chichouiller »* avec mes doigts graisseux
l’air marin
jusqu’à demain matin
que rien n’arrête ton patois de s’éteindre
l’étang,
les fritures délicates,
les mouettes en carcasse,
toutes les excuses sont bonnes pour se défaire
du temps présent
*chichouiller : triturer un mets avec ses doigts (terme occitan)
* Une brasucade est un repas festif.
Jordi Gallizia, Brasucade, Prix de la vocation 2025, Cheyne éditeur, pp.16,17,18.

Jordi Gallizia a grandi dans l’Hérault avec l’occitan comme langue maternelle. Il est en formation à l’ESNAM, au sein de la 14ème promotion de l’École Normale Supérieure des Arts de la Marionnette pour devenir marionnettiste manipulateur et constructeur. « Brasucade » est son premier livre publié.
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