VII
Il est 15 heures : le poète a pris un temps pour reposer sa tête sur
l’oreiller de jade et, sourcil en bataille, hésite.
Hésite à quitter l’éclairage de sa cellule, le logis de son imagina-
tion, pour passer la porte du vent. L’avalanche s’est pétrifiée en travers de la page. Qui l’impressionne.
Pousser la porte du vent, c’est ouvrir celle de l’immensité. Par-
fois, il en a plein le dos de regarder à gauche, à droite, en haut, en bas; il pourrait perdre sa direction. Il doute. Il se lève, les yeux au ciel,
et y cherche son pilier.
Passe un oiseau et soudain il pense à la Rome d’antan : Roma/
amor, il faut aimer. C’est écrit dans le livre des fondations et sur notre horizon. Rome a lu son avenir avec les oiseaux du ciel et dans les en-
trailles des animaux. C’est concret. Ça lui parle.
Il n’hésite plus et sort marcher un peu. Même ou parce qu’il fait
chaud. C’est la marche harmonieuse, qui sait contempler au pas vivant du présent. De nouveau, une cascade lui tombe dessus puis ça s’écoule
en mots fluides, paisibles, tranquilles.
Un flot de mots et de notes dans les pieds pour traverser la val-
lée. Longtemps, dans l’attente, corde vibrée, il a quitté sa vacuité. Il
voulait éclairer les non-dits de sa lignée.
Un poème est une rose des sables au milieu du désert.
Un échantillon du monde.
Il voudrait faire briller le sien. Opale de feu, comme un éclat de soleil sur l’étrier. Voir et entendre. Avec en haut un ciel non uniforme : à la fois bleu saphir et aigue-marine ; au large les nuances du vert de sa val-
lée : jaspe, chrysoprase, émeraude, péridot, jacinthe ; et, sous la surface,
quelque chose qui bat en rouge : onyx et cornaline avec une pointe de
topaze et d’améthyste pour ne pas s’enivrer de mots.
Un poème est un échantillon du monde à reconstruire en douze pierres précieuses.
Une apocalypse.
Aurélie Allexandre d’Albronn & Isabelle Junca, Un jour les étoiles, aquarelles de Caroline François-Rubino, Al Manar 2025, pp. 27, 28.
©Caroline François-Rubino
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